Cosmétiques, tubercules et cataclysmes

Cosmétiques, tubercules et cataclysme.

 

Distribution :

  1. Pat : Garçon manqué :                                                                                                 
  2. Robert : Grand costaud niais :                           
  3. Romain : Râleur acide :                                       
  4. Vanessa : Bimbo :                                                
  5. Marie-Charlotte : miss bricolo :                        
  6. Julie : Intello, qui doit souvent faire pipi :       
  7. Claire : vanne pourrie, désabusée :                 
  8. Emmanuelle : la catho :                                      
  9. Phil : efféminée qui drague les filles :             
  10. Nath : La baba cool :                                           

 

Scène 1 :

Pat et Romain sont assis sur scène. Pat regarde l’assemblage qu’ils ont mis en place.

Pat : Bon, on va pouvoir tenir un moment avec ça.

Romain : Tenir ? Tenir quoi ?

Pat : Ho, commences pas toi. Tenir quoi ! S’abriter de la pluie, manger, dormir, essayer de vivre !

Romain : Super ! On va essayer de ne pas choper la crève. Et comme on dort les uns sur les autres, si un la chope, tout le monde y aura droit.

Pat : T’es lourd, Romain, tu préfères retourner dans l’enfer.

Romain : Quand je vois ou on en est, je me demande.

Pat : C’est le gardien qui te manque ?

Romain : Pour le revoir, il faudrait recoller les morceaux.

Vanessa entre et entend la dernière réplique.

Vanessa : Tu recoller les morceaux de quoi ?

Romain : De qui ! Bruno, le gardien chef, il manque à Pat.

Pat : Jamais de la vie, c’est à toi qu’il manque.

Romain : Tu rêves ! C’est toi qui en parles.

Vanessa : T’es une vraie malade, toi ! Ce psychopathe a eu ce qu’il méritait. Même si c’est pas un trois étoiles ici ! Il ne risque pas de me manquer ce salaud.

Pat : Explique-lui. Il préfère revenir dans l’enfer. Notre petit coin ne lui plait pas.

Vanessa : Retourne-y, tu trouveras, peut-être, un survivant en fouillant bien ou un des chiens de l’autre psychopathe.

Romain : Arrête de parler de ça. C’est énervant.

Vanessa : Tu sais, je devrais être la première à ne pas aimer cet endroit. Le confort est très… Bof !

Pat : Dans l’enfer, c’était pas mieux.

Vanessa : C’est le moins qu’on puisse dire. Bon, j’étais parti pour me refaire une beauté. Rien qu’avec de l’eau, vous imaginez le défi. Bises. Penses aux chien de Bruno, Romain, tu vas adorer cet endroit.

Pat : Tu veux vraiment te barrer d’ici ?

Romain : Ho, j’en sais rien, on verra. Pour le moment, je suis de corvée de bouffe, alors.

Il sort

Pat : Quel râleur, celui-là.

Nath entre.

Nath : ha Pat, t’es là ! Il me faudrait des bacs pour des plantes.

Pat : Et tu veux que je te les sorte d’où ?

Nath : Ben, dans les restes de ce bled, il n’y en a pas ? Dans les bleds, en général, ils aimaient mettre des plantes devant leur maison, c’était joli ! Ici, c’était des géraniums, je crois, c’est très régional.

Pat : D’où, tu sais ça toi ?

Nath : La culture, ma vieille, la culture ne se pratique pas que dans les plantes, mais aussi, dans les livres. Bon, t’as des bacs pour des plantes.

Pat : Et tu veux faire quoi avec des bacs ?

Nath : Planter.

Pat : Planter quoi ? Tu ne vas pas me dire que tu as gardé de tes graines ?

Nath : Mais non, C’est pour planter des légumes, Robert a trouvé des graines dans un grenier. Ca pourrait nous aider. C’est tout.

Pat : Demande à Marie-Charlotte, c’est elle qui gère le matos qu’on trouve.

Nath : Elle va me demander dix mille trucs du pourquoi et du comment. Moi, je veux juste des caisses, c’est tout.

Pat : Hé bien, Si tu lui expliques bien, elle devrait comprendre.

Nath : Mouaip, on verra. (Elle sort)

Pat (vers les coulisses) : Robert ?

Robert (Depuis les coulisses) : Peux pas, suis occupé à déplacer des trucs pour Marie-Charlotte.

Pat : Phil ?

Phil (Qui rentre en scène) : Oui, ma poule ? T’as besoin de moi ?

Pat : Arrête de m’appeler comme ça, tu sais que ça m’énerve. Je te l’ai déjà dis.

Phil : Ok, il te faut quoi mon ange ?

Pat : T’es gonflant. Est-ce que tu peux surveiller un peu Nath, discrètement ?

Phil : Ho, de l’espionnage, j’adore ! Elle est sensée faire quoi de mal ?

Pat : Des plantations.

Phil : C’est mal ?

Pat : Selon le genre de plante, ça peut.

Phil : Je vois. Je jetterai un œil. Tu m’embrasse ?

Pat : Même pas en rêve.

(Il sort. Robert entre en portant une grosse caisse.)

Robert : Marie-Charlotte m’a dit de poser ça ici. Je te le mets ou ?

(Vanessa entre, super maquillée et très sexy)

Vanessa : Ouaaah, Robert, comme t’es balèze !

Robert : Ouaip, je sais.

Pat : Bon, ça va, les deux ! Robert, tu poses la caisse ici.

Vanessa : Pat, il faut que je te demande un truc super important

Pat : Oui ?

Robert : Tu sais, Vanessa, je peux porter beaucoup plus lourd que ça. Je l’ai déjà fais.

Vanessa : Ha ouaip, Robert ? C’est trop fort.

Pat : Bon, Robert, je crois que Marie-Charlotte a encore besoin de toi. (Il sort) Tu voulais savoir quoi, Vanessa ?

Vanessa (très inquiète.) : Tu me trouves comment ?

Pat : C’est quoi le problème ?

Vanessa : Ben, j’ai juste trouvé quelques trucs et un peu d’eau pour m’arranger ! Est-ce que ça va ?

Pat : Pour t’arranger ? On est en train d’essayer de survivre ici !

Vanessa : Mais tu es folle, ma pauvre fille ! C’est une question de survie !

Romain (depuis les coulisses) : Pat, tu peux venir ?

Pat : J’arrive

(Elle sort. Entrent Marie-Charlotte et Robert.)

Marie-Charlotte : Robert, Tu dois absolument m’aider à sortir ce tracteur de cette grange, là-bas. Si j’arrive à le faire démarrer, on fera des trucs d’enfer avec.

Robert : Ouaip, si tu veux…

Marie-Charlotte : Ben, tu viens ? Robert, on y va.

Robert : Oui… heu… Mais, là, j’ai faim.

Marie-Charlotte : Oui, mais là, il n’y a rien à manger. On y va. Tu mangeras plus tard.

Robert : Pas possible ! Faut que je mange. Je suis tout mou, sinon.

Vanessa : S’il a faim, laisse-le manger. Il faut le nourrir tout ce grand corps.

 

Scène 2 :

(Entrent Julie et Claire.)

Julie : Tu comprends, Il faut savoir se défouler, c’est important. En ce moment, nous faisons beaucoup travailler notre intellect… Oui, bon, pas tous, mais certains. C’est très bon de maintenir notre cerveau en activité, mais il faut savoir le laisser se reposer et donner au corps de quoi s’exprimer. Le foot, c’est très bien pour ne pas réfléchir. Tu tapes, bêtement, dans un ballon.

Claire : Au foot, t’es folle ! On a vraiment autre chose à faire pour le moment.

Julie : Oui, bien sûr, mais laisser reposer notre cerveau est une très bonne chose. Rien de mieux que le foot pour ça. Réflexion zéro garantie. Tu veux faire quoi d’autre ?

Claire : Ben faire… A cheval, à repasser.

Tous : Claire !

Julie : Claire. J’essayais de te faire comprendre quelque chose.

Marie-Charlotte : Mais tu as raison.

Robert : ha haha, celle-là, je l’ai comprise, elle est drôle, très drôle.

Julie : Robert ! Pourquoi elle a raison ?

Marie-Charlotte : Parce qu’on a autre chose à faire que de jouer au foot.

Julie : Tu as tord, miss bricolo ! T’as remarqué, Claire, tes vannes font seulement marrer Robert. C’est de votre niveau.

Vanessa : T’es nul, Julie ! Moi, je préfère le footing pour garder un corps parfait.

Marie-Charlotte : Je peux vous occuper si vous vous ennuyez, les filles.

Julie : Je vous assure, ça nous ferait de bien à tous de nous défouler, de faire du foot pour évacuer tout le stress et la nervosité que cette situation provoque chez nous.

Claire : Nerveuse. A part toi, je ne vois pas. Regarde comme tu te trémousses.

Julie : Je ne me trémousse pas.

Claire : T’as quoi alors ?

Julie : Rien ! Je dois faire pipi, c’est tout. (Elle sort)

(Entre Emmanuelle, un bouquet de fleur à la main.)

Robert : Ho, c’est joli, tes fleurs. Tu les as trouvées ou ?

Emmanuelle : dans un champ à la sortie de ce village.

Robert : C’est pas bien. Pat nous a demandé de rester ensemble ici. Ne pas sortir seul.

Emmanuelle : Robert, pour toi, c’est normal, mais moi, je peux me débrouiller et, de toute façon, je ne suis jamais seule.

Robert : Ha, bon, t’es sorti avec qui, alors ?

Emmanuelle : Le tout puissant est tout le temps avec moi.

Robert : C’est qui, celui-là ? Et il est où, maintenant ? Parce qu’un tout puissant, on en aurait besoin.

Claire : Ben, tu ne vois pas son auréole sur la tête ?

Robert : Ben, non.

Vanessa : Laisse tomber, Robert ! Elles sont stupides.

Emmanuelle : Je suis au-delà de tes sarcasmes, ma chère Claire. Quand je parle de dieu, je sais ce que je dis.

Claire : On est bientôt dimanche, t’oublieras pas d’aller à la messe.

Vanessa : Pas possible, l’église a été détruite.

Emmanuelle : Oui, je sais, je cherche un endroit ou l’on pourra se recueillir.

Claire : Ou tu pourras te recueillir ! Nous, on s’en fout !

Marie-Charlotte : Bon, il y a quelqu’un qui peut m’aider à chercher dans les ruines ce qui pourrait nous être utile ?

Claire : J’arrive. Au moins, je serais utile à quelqu’un.

Noir

Scène 3 :

(Marie-Charlotte écoute le grésillement d’une radio, très concentrée. Claire écoute avec elle.)

Claire : Là ! Non, c’est rien… Attends, reviens un peu en arrière. Non, c’est rien.

Marie-Charlotte : J’ai conçu une antenne un peu spéciale pour mieux capter les signaux, même les plus faibles. Si quelqu’un essaie d’émettre même de loin ou pas fort, on l’entendra.

Nath (qui entre) : Ha, Marie-Charlotte, je peux te parler ? Tu as des caisses ?

Marie-Charlotte : Pourquoi faire ?

Nath : Ca commence ! Pour planter.

Marie-Charlotte : Quoi ?

Nath : Des graines.

Marie-Charlotte : Quel genre ? Parce que pour ton herbe, j’en ai pas. On essaie de s’en sortir ici.

Nath : J’en étais sûre ! Je savais que tu allais me poser deux milles questions.  Personne ne peut me faire confiance ici ?

Marie-Charlotte : Non.

Nath : Pff, Robert a trouvé des graines dans des sacs et on veut les planter pour voir si ça donne quelque chose.

Claire : Sois cool, Marie-Charlotte, Elle ne fumera, peut-être, que les sacs.

Marie-Charlotte : Bon, dans la grange à coté, il y en a une série, mais tu n’en prends que deux.

(Message sortant du poste : … Survivants au cataclysme. Nous avons survécu et nous sommes à la recherche de survivants au cataclysme. Nous avons survécu et nous sommes… Puis le son s’arrête.

Nath : Qu’est-ce qui se passe ? Pourquoi on n’entend plus rien ? Remets le son qu’on entende la suite.

Marie-Charlotte : Il n’y a plus de piles. La radio est morte, c’était les dernières piles.

Nath : Je vais en parler aux autres. Il faut qu’on aille voir.

Marie-Charlotte : Voir quoi ? Ou ?

Nath : Chercher. On n’est pas les seuls.

Marie-Charlotte : Ce n’est pas sûr. C’était un message enregistré. Il peut être vieux maintenant.

Claire : Ouaip, c’est pas NRJ.

Nath : t’es folle ou quoi ? Je les ai entendus. Il y a d’autres survivants.

Marie-Charlotte : Il ne faut pas s’emballer. Il faut d’abord réfléchir.

Nath : Je vais en parler aux autres. (Elle sort)

Claire : Moi, ça me fait flipper.

Marie-Charlotte : Moi aussi. Bon, On va voir ce que ça donne avec les autres.

Noir.

 

Scène 4 :

 (Ils dorment dans un amas de sac de couchage roulés en boule. Lumière très pale. Une ombre sort de coulisse et va vers le premier dormeur en levant le bras avec un poignard. De l’autre coté de la scène, un des sacs remue. D’un coup, un cri déchire le silence de la nuit et effraie l’ombre qui laisse tomber le couteau et s’enfuie.)

Lumière pleine

Pat : C’est quoi, ça ?

Romain : Un cri au milieu de la nuit. Et, ça m’a réveillé !

Claire : Ben, remarque, comme il n’y a plus de coq dans ce village, ça remplace le réveil matinal.

Pat : Tu rigoles, on est en pleine nuit. Je suis tétanisée. C’était qui ?

Claire : Je ne sais pas qui c’était, mais c’était Pat ibulaire.

Tous : Claire !

(On entend une forte respiration dans un coin.)

Phil : Ca venait du coin de Julie.

Pat : Julie, ça va ?

Julie : Désolé, j’ai fais un cauchemar. C’était atroce.

Romain : Pauvre chérie, t’as eu peur ?

Phil : Ca va, Romain ! On en fait tous, des cauchemars.

Emmanuelle : Tu connais quelqu’un qui est passée par l’enfer qui ne fait pas de cauchemars ?

Robert : J’en fais souvent.

Claire : Comme tout le monde. Pat éthique !

Tous : Claire !

Marie-Charlotte : Moi, c’est toutes les nuits.

Julie : Moi, c’est depuis longtemps. Mais celui-là était vraiment très dur. Je voyais la tête de Bruno, le gardien. Elle me regardait.

Romain : hé, l’intello, on dit : Il me regardait en parlant d’un homme, même celui-là !

Julie : Monsieur le râleur, c’est sa tête qui me regardait.

Claire : T’as fais quoi du reste ?

Julie : Il n’y avait rien d’autre, juste la tête qui me regardait fixement, puis elle s’est approchée de moi et a voulu me mordre (elle reste silencieuse. Pat se lève et va la prendre contre elle.)

Robert : Moi, j’ai vu sa tête après la catastrophe entre deux blocs de pierres. C’était flippant.

Vanessa : Arrête de parler de ça, ça fout les boules.

Romain : T’étais ou, toi ?

Vanessa : Là, je dormais. Enfin, avant qu’elle hurle. J’ai cru qu’on se faisait attaquer par des bêtes.

Pat : Ca va mieux ? Tu peux te rendormir ?

Phil : Elle, peut-être, mais moi non. Il y a une fille qui veut m’aider à me rendormir ?

Vanessa : Phil, t’arrête jamais ?

Pat : c’est passé, tout le monde peut se rendormir.

Noir.

 

Scène 5 :

Vanessa est seule sur scène. Elle cherche coté Jardin. Coté cour, arrive Phil.

Phil : tu cherches quelque chose ?

Vanessa : Non, non… Enfin si.

Phil : Ha bon, quoi ?

Vanessa : Je cherche une pince à cheveux que j’ai égarée hier.

Phil : Ici ?

Vanessa : Ben oui, pourquoi ?

Phil : Ce n’est pas ça que tu cherches par hasard ? (Il lui montre un grand couteau.)

Vanessa : Un couteau, non, pourquoi ? Qu’est-ce que tu veux que je fasse avec ?

Phil : Je me demandais aussi. Et comment peut-on perdre un couteau ici ?

Vanessa : J’en sais rien ! Et puis, laisse-moi tranquille avec ça ! Je m’en fous de ton couteau, je cherche une pince à cheveux moi !

Phil : Ok, je me demande bien qui a pu perdre un couteau juste ici.

Noir.

 

Scène 6 :

Nath est seule en scène, assise. Entre Romain.

Romain : Qu’est-ce que tu fais ? T’as pas l’air dans ton assiette. En manque de pétards ? C’est un sacré souci !

Nath : Un souci ! Si je n’en avais qu’un ce serait le panard. On est paumé dans un coin perdu et on essaye de survivre après un « je ne sais pas quoi », une fin du monde, une cata. On est totalement isolés et on s’installe tranquillement, alors que le message de la radio disait bien qu’on n’est pas seul.

Romain : Et tu voudrais faire quoi ?

Nath : Se casser d’ici et chercher des survivants. Recommencer à vivre normalement dans un cadre de vie correct.

Romain : Un cadre de vie correct ! Quel cadre de vie ? Tu trouves qu’une maison de redressement comme celle d’où on vient, c’est un cadre de vie ? On ne la surnomme pas « l’enfer » pour rien. On ne vivra jamais normalement. On n’est pas nés dans les bonnes cases pour ça.

Nath : C’est pas ce que je voulais dire. Si nous, nous avons survécu, c’est évident que d’autres l’on fait aussi. C’est pas possible qu’ils soient tous morts, tu comprends ? On devrait chercher de l’aide, du monde qui a survécu aussi. Des adultes qui pourraient nous aider.

(Pat entre et écoute discrètement dans un coin.)

Romain : Méfies-toi, l’enfer était dirigé par des adultes.

Nath : Tous les adultes ne sont pas des psychopathes.

Romain : Pas sur ! Ce sont eux qui nous ont enfermés dans cet endroit. Mais, tu as raison, nous devons chercher ceux du message. Savoir ce qu’ils sont devenus. Mais Pat ne sera pas d’accord.

Nath : Et alors ? On est assez grand pour prendre nos décisions. Moi, je veux partir. On devrait tous partir.

Pat : Ca veut dire qu’on va devoir en discuter en groupe et pas dans votre coin.

Romain : Ha, t’étais là ?

Pat : J’étais là, j’ai entendu. On appelle les autres ? Tout le monde peut venir ? Tout le monde sur la place.

(Arrivent Robert et Marie-Charlotte.)

Marie-Charlotte : Il se passe quoi ? On est en plein boulot de récup.

(Emmanuelle rejoint le groupe avec Julie.)

Emmanuelle : Voilà, on est là. C’est quoi le problème ?

Pat : Il manque Phil, Claire et Vanessa.

Marie-Charlotte : Ils sont allés un peu plus loin, ils ne vont pas tarder.

Pat : Ok, Nath et Romain ont quelque chose à nous soumettre.

Nath : Vas-y, dis-leur !

Romain : Ben, heu, non, dis-leur, toi !

Nath : Ben heu, comment dire ? C’est un peu compliqué à balancer comme ça.

(Phil, Claire et Vanessa arrivent.)

Vanessa : Alors, il se passe quoi de terrible ?

Pat : On attend que Romain et Nath vous explique leur problème.

Claire : Tant que c’est pas des problèmes de maths, ça me va !

Nath : On veut se casser d’ici ! Trouver des survivants. Ils sont surement mieux organisés que nous. S’ils ont pu faire un message.

Marie-Charlotte : Si on me laisse le temps et avec le bon matos, je peux aussi le faire.

Romain : Oui, on veut essayer de trouver quelque chose de concret. Les grandes villes ont sûrement mieux résisté que les petits bleds.

Marie-Charlotte : T’es fou ou quoi ? Pour se faire encore enfermer.

Julie : Les probabilités de survie sont élevées. Votre proposition est, de ce fait, très intéressante.

Claire : Pourquoi tu te trémousse encore ?

Julie : Je ne me trémousse pas, je dois faire pipi.

Phil : Vas-y, ma chère. Tu veux, peut-être, que je t’accompagne ?

(Julie sort en faisant la moue à Phil)

Robert : Moi, je suis bien ici, je me sens utile. Je crois que je fais des trucs biens. Avant, comme je suis un peu bête, je devais cogner sur tout le monde pour me faire respecter. On est libre, je crois.

Romain : Libre de survivre, de mourir de n’importe quelle maladie. C’est de rester ici qui est de la folie.

Emmanuelle : Moi, je suis pour partir. Rencontrer des autres gens, échanger la parole du Christ, c’est de l’espoir, c’est repartir vers une vie nouvelle. Et, s’il y a une radio, je pourrais transmettre la parole du Christ.

Phil : Je crois que vous tombez sur la tête, mes enfants. Ailleurs, c’est beaucoup plus de danger. Dans ce coin paumé, on est tranquille pendant un bon moment.

Claire : Je suis d’accord avec Phil, on ne doit pas partir, c’est trop dangereux.

Vanessa : On a trop galéré avant. Ici, on a ce qu’il nous faut. Même si ce n’est pas terrible.

Nath : Vous vous trompez. Ecoutez-nous. Nous devons partir tous ensemble. Chercher d’autres survivants, mais il faut rester ensemble, tous. Il y a surement une ville ou on pourra reprendre une vie normale.

(Julie revient.)

Robert : Pat, tu en penses quoi, toi ? C’est toi qui nous guide.

Romain : Non, personne ne nous guide, nous sommes libres. Nous ne devons pas prendre un chef.

Nath : Oui, on doit décider ensemble, ne pas laisser quelqu’un décider pour nous.

Julie : Voilà, une très intéressante vision de la démocratie. Je ne suis pas sûre que ça fonctionne. Ceci dit, nos chances de survie, en restant isolés, sont minces. On devrait facilement, trouver un groupe mieux organisé que nous, ceux-là ou d’autres. Si nous avons survécu, d’autres l’on fait aussi.

Pat : Même si je ne suis pas le chef ici, je vais vous donner mon avis. C’est de la folie de quitter cet endroit. C’est pas le paradis, mais ce n’est, surtout, plus l’enfer ! Vous vous souvenez d’où on vient ? D’une prison pour jeunes délinquants mineurs, un modèle de répression et de discipline. Une prison modèle ou on nous laissait crever, ou ils traitaient mieux leur chien. Si on revient dans une ville un peu organisée, et qu’ils apprennent d’où on vient, on risque de se retrouver, une fois de plus, enfermés. On risque, aussi, de se retrouver avec des pillards et des voleurs.

Nath : On est tous des voleurs ou des lascars bannis par la société. On saura se défendre.

Phil : Tu te sens capable de te défendre contre des armes. Tu te sens capable de tuer ? Quelqu’un a déjà tué ici ?

Robert : Moi, mais je n’avais pas le choix et je n’ai pas aimé ça. Je ne le souhaite à personne.

(Un silence.)

Romain : Pourquoi penser à tuer ? Nous devons partir pour trouver autre chose.

Phil : Non, nous devons rester tous ensemble et souder pour survivre. Ici, on a une petite chance.

Romain : Vous êtes des poules mouillées qui ont peur de prendre des risques pour une vie meilleure.

Pat : C’est ici, la vie meilleure, tous ensembles.

Phil : Oui, c’est vous les fous qui voulez diviser le groupe et nous faire tous mourir.

Nath : Non, nous voulons améliorer notre vie à tous et c’est forcément ailleurs. Si vous ne voulez pas nous suivre, tant pis pour vous, vous crèverez ici de faim et de maladie.

Claire : Toi, t’as l’air, déjà, bien malade.

Marie-Charlotte : Vous devriez patienter, nous allons réussir à faire de cet endroit, un coin vivable dans quelque temps.

Claire : Un vrai camping de vacances. On l’appellera « les flots bleus ». Reste à trouver un peu de sable.

Pat : Réfléchissez bien ! (Un silence)

Romain : C’est tout réfléchi, je pars avec ou sans vous.

Nath : Je te suis, à la recherche d’un vrai paradis.

Julie : Je pense que nous survivrons mieux ailleurs. J’en suis.

Emmanuelle : Je vous suis aussi.  Il y a, peut-être, une église, ailleurs..

Robert : Vous faites une bêtise. Vous allez prendre des risques inutiles.

Pat : Bon, qui part, qui reste ?

(Deux groupes se forment, un avec Nath, Romain, Julie, Emmanuelle et un avec les autres.)

Noir.

 

Scène 7 :

(Marie-Charlotte est en train de travailler de la terre dans une caisse avec Phil.)

Marie-Charlotte : Bon, je crois que la terre est prête, elle semble meuble et bien noire, non ?

Phil : C’est pas mal.

Marie-Charlotte : C’est mieux que d’y planter l’herbe de Nath.

Phil : Tu as tord de douter d’elle. Elle voulait vraiment planter ces graines.

Marie-Charlotte : Elle m’a même raconté que c’est Robert qui les avait trouvées dans un grenier.

Phil : Elle était très enthousiaste de voir si on pourrait un jour consommer ces graines. Et, c’est vrai que c’est Robert qui les a trouvées, j’étais avec lui. Tu devrais faire un peu confiance aux autres, Marie-Charlotte. Très souvent, quand on fait confiance, on en récolte les fruits comme pour ces graines, tu verras.

Marie-Charlotte : Mouaip, on verra.

Robert : C’est des graines de quoi, à votre avis ?

Marie-Charlotte : pas la moindre idée. Peut-être des légumes.

Vanessa : des légumes ? Beurk, j’ai toujours détesté ça.

Pat : Quoi ! T’es folle, t’imagine ! Des belles tomates, des courgettes…

Vanessa : C’est vrai, t’as raison. Je détestais ça, mais quand on n’en a plus, on se rend compte que c’était bon.

Robert : Moi, ce qui me manque, c’est un steak.

Vanessa : Ils sont partis depuis longtemps ?

Robert : Qui, les steaks ?

(Marie-Charlotte va voir un tableau au fond plein de croix et de traits.)

Marie-Charlotte : Bientôt deux mois.

Robert : J’espère qu’ils vont bien.

Vanessa : Les steaks ?

Phil : Mais oui qu’ils vont bien.

Pat : Tu essaye de te convaincre, Phil ?

Phil : Non, je suis sûr qu’ils vont bien.

Vanessa : J’espère que tu as raison. Ils me manquent beaucoup.

Claire : Un petit coup de violon final ? Et pat, tata et Pat tati.

Tous : Claire !

Pat : Tu as fait ce que je t’ai demandé, Marie-Charlotte ?

Marie-Charlotte : Oui, pat, c’est en cours.

Phil : Quoi ?

Pat : rien, rien.

Vanessa : T’es chiante, Pat de nous cacher des trucs. On n’est plus des enfants.

Phil : elle a raison. On doit se dire tout ! Sinon, on court à la catastrophe.

Pat : Ok. Il y a des trucs bizarres qui se passent depuis un moment. Hier, Marie-Charlotte a failli être écrabouillée par une grosse pierre.

Phil : Quoi !

Marie-Charlotte : Je rentrais dans la grange pour y chercher du matos et une grosse pierre est tombée sur moi. Si Robert ne m’avait pas poussé de coté, je serai morte.

Claire : Et Pat tatra !

Tous : Claire !

Vanessa : C’est dangereux. Il faut vérifier toutes les pierres des murs.

Marie-Charlotte : Non, pas la peine.

Pat : On a vérifié, Quelqu’un la descellée. Elle n’est tombée toute seule.

Phil : Mais qui ? Pourquoi ?

Marie-Charlotte : On le saura, peut-être, je monte un système de surveillance de notre camp. On sera plus tranquille, bientôt.

Pat : En attendant, Robert et moi, nous montons la garde le soir.

Phil : On doit faire quoi, c’est flippant.

Pat : rien pour le moment. On attend.

Noir.

Scène 8 :

(Pat et Phil sont en train de jouer aux cartes. Les autres sont occupés. Un moment de calme en soirée. Une clochette tinte.)

Marie-Charlotte : Il va falloir se cacher.

Phil : Pourquoi ?

Marie-Charlotte : C’est l’alarme du camp.

Pat : Ca veut dire que quelqu’un approche.

Robert : Je vais voir.

Phil : Non, c’est trop dangereux.

Claire : Courage, fuyons !

Pat : c’est ce qu’il faut faire. On se cache dans la grange. (Ils partent en coulisse. Pat et Phil restent visibles.)

La voix de Vanessa : Tu vois quelque chose ?

Pat : Non. Toi ?

Phil : Non plus. Rien pour le moment.

Pat : J’entends du bruit là-bas.

Claire : Je flippe.

Tous : Chut !

Phil : Ca y est, je vois quelqu’un qui approche

Pat : C’est qui ?

Claire : Je flippe.

Tous : Chut !

Phil : Je ne le vois pas bien. Un petit. Pas l’air commode. Il est de dos. Il est armé.

Claire : Je flippe.

Tous : Chut !

Claire (Doucement) : J’ai bien le droit de flipper, non ?

Marie-Charlotte : Oui, mais en silence.

Pat : J’en vois aussi. Ils sont plusieurs. Ils nous cherchent.

Romain (qui se retourne, sur ses gardes.) : Il n’y a personne.

Emmanuelle : Le seigneur n’aurait pas permis ça.

Julie : Ils ont subis, eux aussi, les pillards.

Nath : Non, je ne peux pas le croire. Ho hé, vous êtes là             ?

Romain : T’es folle, si c’est occupé par des pillards.

Phil : C’est eux !

Pat : youppie, c’est eux !

Claire : Eux qui ? Je flippe.

Tous : Chut !

(Tout le monde sort et se retrouve.)

Noir.

 

Scène 9 :

(Tout le monde se retrouve sur scène.)

Pat : Alors, comment ça va ?

Romain : Ca va pas mal. On a, pas mal, voyagé. On a vu pleins de trucs.

Nath : Arrête Romain !  On ne va pas leur raconter des cracs.

(Ils se regardent gênés.)

Julie : On est tout seul.

Emmanuelle : Le seigneur nous laisse seul sur terre.

Pat : Comment ça, seuls ?

Romain : Nous sommes les seuls survivants ! Partout on a vu des morts, des cadavres. Des survivants qui se sont entre tués.  D’autres qui sont morts de maladies ou d’autres choses. Pas un seul vivant, même dans les villes, personne !

Robert : Alors, on est vraiment tout seul ?

Nath : Ben, disons qu’on n’a pas fait le monde entier, mais par ici, personne.

Julie : Tous morts.

Emmanuelle : Paix à leurs âmes.

Romain : On vous doit des excuses.

Phil : Pourquoi ?

Romain : C’est vous qui aviez raison. Le seul endroit où on pourrait survivre, c’est ici. Ailleurs, c’est l’apocalypse. L’être humain nous a montré son coté de plus horrible. Que des tueries.

Nath : On avait hâte de revenir vous voir. Vous nous avez manqués.

Romain : Et on a flippé quand on a vu le camp vide. On a cru qu’il vous était aussi arrivé malheur.

Heu… Voilà, on est là. Est-ce que… Tu acceptes de nous reprendre ?

Claire : Ben, on ne sait pas, il va falloir en discuter ! C’est pas évident du tout. C’est le pa…radis sur terre ici. Les demandes se font longtemps à l’avance.

Pat : Arrête, Claire ! On n’a pas à vous reprendre, vos places sont toujours là.

Phil : On attendait simplement, votre retour.

Robert : C’est vrai que vous nous avez manqué.

Noir.

 

Scène 10 :

(Les quatre rentrants se réinstallent. Apparait Vanessa avec un grand couteau qui court droit sur Julie.)

Vanessa : Je veux du rouge, du rouge.

(Robert et Phil s’interposent et désarment Vanessa.)

Phil : T’es folle ou quoi ?

Robert : Elle a pété une pile, c’est étonnant que ça ne soit pas arrivé plus tôt.

Julie : Ben, j’ai fais quoi moi ? Tu ne voulais plus nous revoir Vanessa ?

Claire : Je flippe.

Tous : Chut.

Pat : Tu es calmée, Vanessa, On peut savoir ce qu’il t’arrive ?

Vanessa : Je voulais juste du rouge, du vrai rouge pour mes lèvres, Que les garçons me remarquent, qu’ils me disent que je suis belle.

Phil : C’était, donc ça le couteau que tu as perdu la nuit du cauchemar de Julie.

Vanessa : Oui, je voulais savoir si j’étais capable de tuer quelqu’un, même de proche pour survivre, mais, surtout, avoir du rouge.

Marie-Charlotte : Et la pierre de la grange ?

Vanessa : Oui, si la pierre avait écrasé quelqu’un, j’aurai eu plein de rouge.

Pat : Au moins, on sait que le danger ne vient pas de dehors, mais de chez nous.

Claire : Si tu voulais du rouge à lèvre, tu aurais pu demander à Marie-Charlotte, simplement. Elle t’aurait recréé un rouge carmin de chez Dior, du plus bel effet, sensuel et sexy.

Vanessa : Je regrette, je crois que j’ai pété une pile. Ce qu’on vit m’a déboussolé.

Pat : Qu’est-ce qu’on va faire avec toi, maintenant ?

Emmanuelle : Pardonner. Il n’y a que ça à faire.

Noir.

 

Scène 11 :

(Ils sont tous coté cour, sauf Pat qui est coté jardin et regarde au loin, elle a enlevé sa casquette, ses cheveux sont défais. Phil approche. Il reste un moment, à coté d’elle sans rien dire.)

Phil : Ca va ?

Pat : On fait aller. Je flippe pas mal pour la suite. Comment on va y arriver ? Vous comptez tous sur moi.  Je me sens si seul, des fois.

Phil : Fais-toi confiance. On a déjà fait un bon bout de chemin grâce à toi. Et tu n’es pas seule, je suis là, moi. Tu peux compter sur moi. (Il pose sa main sur son épaule.)

Pat : Je ne le pansais pas au début, mais t’es un mec bien, Phil. (Il lui prend la main, ils se regardent.)

Phil : Je crois que je tiens beaucoup à toi.

Pat : Je crois que, moi aussi, je tiens beaucoup à toi.

Phil : Je serai, un peu, amoureux de toi, que ça ne m’étonnerai pas.

Pat : C’est vrai ?

Phil : bien sûr, ma poule.

Pat : Phil, je déteste qu’on m’appelle comme ça et tu le sais ! (Il se sauve et elle lui court après dans un jeu.)

Robert (les regarde passer) : Ils font quoi eux ?

Romain : Je crois que c’est le début d’un grand amour.

Vanessa : Ho, c’est pas juste. C’est moi qui voulais être la première amoureuse de cette nouvelle ère. Je voulais être Eve du 21ème siècle.

Romain : Si ce n’est que ça, tu as Robert qui est juste là.

Robert : J’ai fais quoi, moi ?

Vanessa : C’est vrai qu’il est gentil, Robert.

Noir.

 

Scène 12 :

(Robert regarde la caisse avec un pommier sans bouger.)

Pat : Tu fais quoi, Robert ?

Robert : Je regarde notre arbuste pousser.

Pat : Tu sais, Robert, Elles ne vont pas pousser, comme ça, devant toi, c’est long.

Robert : ha bon ? Ca ne fait rien, je surveille.

Pat : comme tu veux.

(On entend un cri. Puis Claire entre en scène)

Claire : Là-bas, Marie-Charlotte, elle est, elle est…

Pat : Elle est quoi ?

Claire : Morte ou blessée, je ne sais pas, elle est pleine de sang.

Vanessa : C’est pas moi, je le jure.

Marie-Charlotte (qui arrive couverte de rouge dans le visage) : Haaaa, au secours, à moi !... Mais non, arrêtez de flipper. Je me suis mise du rouge, c’est tout.

Pat : C’est quoi, ça ?

Marie-Charlotte : De la betterave rouge, Vanessa, c’est pas top comme rouge à lèvre ?

Claire : T’es folle, t’aurais pu prévenir ! Je flippe !

Tous : Chut !

Robert : Ca se mange ?

Marie-Charlotte : Oui, mais, c’est surtout colorant. Vanessa, je t’ai trouvé du rouge à lèvre, tu aimes ?

Nath : On pourrait essayer de le fumer. Camille doit être fun de la fumée rouge. (Nath la regarde.) Je demandais, c’est tout !

Vanessa : Merci, Marie-Charlotte. Il ne me manquait que ça pour sortir. Ho, les filles, on va faire du shopping en ville ?

Tous : Ouaip !

 

FIN

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