le jardin des couleurs

Le jardin des couleurs :

 

Personnages :

Lilou : Gardienne du jardin

Louna : Gardienne du jardin

Jojo : Le seul garçon des enfants du jardin, se laisse un peu aller. Entouré de filles, il en prend son parti.

Martine : Fille du jardin, elle dirige la troupe.

Jeanne : fille du jardin, Elle est distraite et un peu folle

Camille : Fille du jardin, elle est timide et réservée, mais elle est observatrice.

Caro : Fille qui rejoint les enfants dans le jardin.

 

Scène 1 :

(Un jardin, un peu sauvage, une fontaine coté cour, une cabane sur le centre au fond. Deux fillettes jouent. Jojo apparait depuis la cabane.)

Jojo : Oh, les filles, faites moins d’bruit, j’rrive pas à dormir.

Jeanne : Ben, il fait super beau, on est en pleine journée, viens t’amuser avec nous plutôt que de dormir.

Jojo : Moi, j’aime ça, dormir !

Jeanne : Ben, t’es pas drôle, Jojo !

(Elles se remettent à jouer)

Jojo : Ouaip, bon, là, pus pouvoir dormir. Mange bientôt ?

Martine (Qui arrive avec un panier de fruits) : Oui, on va manger. Mais, j’en ai marre de toujours m’occuper de tout. A la place de dormir, tu aurais pu chercher des fruits. J’aurais pu m’occuper d’autre chose.

Jojo : Ben… C’est qu j’tais fatigué !

Jeanne : T’es tout le temps fatigué !

Martine : Non, c’est pas vrai ! Il y a des moments ou il n’est pas fatigué.

Jojo : Ha,  t’vois !

Jeanne : ha oui, et quand ?

Camille : Quand il mange !

Martine : Exact ! Maintenant, il ne dort pas, il mange.

Jojo : Normal, j’faim !

(Un temps, ils mangent.)

Jojo (mal à l’aise) : Dites, les filles !

Jeanne : Oui, Jojo ?

Jojo : j’veux vous d’mander un truc.

(Un temps)

Martine : ben, accouche !

Jojo : C’est difficile à dire. V’z’aller vous fiche de moi.

Jeanne : Mais non, vas-y raconte.

Jojo : Ben…

Martine : Alors ?

Camille : Il veut partir.

Jojo : C’est pas vrai, pourquoi tu dis ça ?

Camille : Je ne sais pas. Je croyais.

Jojo : Non, pas du tout, mais je… disons… Vos parents vous manquent pas ?

Jeanne : T’es fou ? Mes parents ? Je les ai déjà oubliés.

Martine : Moi aussi. On est vachement mieux ici. Il y a de la couleur. Je ne savais même pas que ça existait ! En plus, personne ne nous apprend à devenir des robots.

Jeanne : Tu voudrais retourner dans la grisaille ? T’as quoi, Jojo ?

Jojo : mais non, c’est pas ça. Mais… Laissez tomber.

Camille : Tes parents t’aimaient bien.

Jojo : Ben oui. Y m’souriaient quand j’rentrais d’l’école. Y m’disaient qu’on essayerai d’trouver une solution pour qu’j’aille pas dans l’usine.

Martine : Ils se sont moqués de toi. Dans cette ville, tous les enfants sortent de l’école pour entrer dans l’usine.

Jeanne : Nos parents nous font naitre pour ça et on ne peut rien faire contre.

Jojo : C’pas vrai. Mes parents m’ont jamais mentis. J’ai confiance en eux.

Jeanne : Tu parles, ils sont comme tous les autres parents, ils s’en fichent. Jamais, ils n’essayeront de nous retrouver. Ils feront d’autres enfants pour nous remplacer. Ils iront dans l’école grise ou on devrait être.

Camille : Alors, pourquoi, on n’y est pas, nous ? Pourquoi, on est là ?

Martine : Je ne sais pas. Ce jardin est spécial à mon avis.

Jeanne : Personne d’autre ne vient ici, à part nous. Jojo, il ne faut pas retourner dans la grisaille. Ils nous ont oubliés. Tu ne veux pas apprendre à être un robot, non ?

Jojo : Non mais…

Camille : Ses parents spéciaux lui manquent.

Martine : T’en sais quoi, toi ?

Camille : J’en sais rien, je ressens, c’est tout.

Martine : Vous croyez qu’on va pouvoir rester longtemps ici ?

Jojo : Tant qu’il y aura des fruits.

Jeanne : C’est quand même meilleur que les pilules qu’on mangeait avant.

Noir.  

 

Scène 2 :

(Lumière sur une partie de la scène qui est décalée. Les deux gardiennes regardent les enfants.)

Lilou : Ils n’ont pas mis longtemps à comprendre comment ça marche ici.

Louna : Hum, hum.

Lilou : Ils risquent de s’incruster, du coup.

Louna : Hum, hum,

Lilou : On doit faire quoi, nous, du coup ?

Louna : Ben, j’en sais rien moi ! Comment je saurais ça, moi ?

Lilou : Peut-être que t’aurais entendu quelque chose de la haut ?

Louna : Ben non, Si toi, t’as rien entendu, j’ai rien entendu non plus.

Lilou : Bon, ils sont l’air sympas ces mômes. Mais leurs parents doivent, quand même, s’inquiéter.

Louna : T’es sourde ou quoi ! Leurs parents s’en fichent, ils l’ont dit.

Lilou : Ouaip, tu sais, les mômes, ils racontent un peu ce qu’ils veulent. Ils disent ça juste parce qu’

Ils n’ont pas envie de rentrer chez eux. Ils sont, sûrement, du quartier.

Louna : J’espère que non !

Lilou : Pourquoi ?

Louna : T’as vu comme c’est affreux ici ?

Lilou : Ben non, je ne suis jamais sorti du jardin. On n’a pas le droit de sortir du jardin, alors du coup !

Louna : Moi non plus, je ne suis jamais sorti du jardin, mais je ne suis pas aveugle. Je vois bien

comment c’est autour. Tu l’as vu aussi, non ? Comme c’est gris, comme les gens font peur.

Lilou : J’ai vu, mais j’aime pas regarder, ça fait peur. Et puis, quand ils nous ont envoyés ici, ils nous ont dit qu’on ne devait, surtout, pas sortir du jardin, que c’était dangereux.

Louna : Oui, ho, ce qu’ils nous ont dit ! Les gamins, eux, ils viennent bien de dehors et ils ont l’air en bonne santé et ils ne sont pas tout gris comme les autres, dehors.

Lilou : Ils l’étaient quand ils ont débarqué dans le jardin.

Louna : C’est vrai. Je crois que ce jardin est protégé contre l’extérieur.

Lilou : Et il protège ceux qui vivent dedans. Du coup, faut pas sortir. Dangereux… Je me demande pourquoi ils nous ont envoyés ici. On ne connait rien à ce coin.

Louna : Ici ou ailleurs !

Lilou : Je n’imaginais pas ça comme ça.

Louna : Quoi ?

Lilou : Ben, tout ça quoi ! Ce qu’on est devenu. Tu voyais ça comment après la mort ?

Louna : Je ne voyais pas.

Lilou : Comment ça ?

Louna : Je ne voyais rien. Je ne croyais en rien.

Lilou : Moi, je voyais le paradis, l’enfer, tout ça ! Les anges, le diable.

Louna : T’avais raison puisqu’on nous dit qu’on va, peut-être, être des anges.

Lilou : Mais pourquoi on est devenues des enfants, c’est agaçant, j’avais l’habitude de mon corps de femme.

Louna : Je trouve ça plutôt sympa. Je commençais à vieillir, à avoir mal partout.

Lilou : J’ai toujours pas compris ce qu’on était sensé faire ici !

Louna : Surveiller ce jardin.

Lilou : Oui, et là, on a des gamins qui se sont échappés de leurs maisons. Qu’est-ce qu’on va en faire ? On n’a aucune consigne.

Louna : Hé bien, on va gérer comme on sent.

Lilou : Tu vois ça cool, toi. Et si on se plante ?

Louna : C’est sûrement un test. Si on se plante, on ne sera pas des anges.

Lilou : On a intérêt à faire gaffe, du coup !

Noir

 

Scène 3 :

(Retour sur les enfants. Jeanne et Camille sur scène. Arrive Martine.)

Martine : Bonjour, les filles, vous avez vu Jojo ?

Jeanne : Non, pas encore, il dort encore.

Martine : Je ne l’ai pas vu dans son coin.

Camille : Il est parti.

Jeanne : Arrête de dire ça ! T’es folle ?

Martine : Bon, il faut le chercher.

Jeanne : T’es embêtante de parler tout le temps de partir. On lui a parlé hier. Il a compris.

Camille : Il n’a rien compris du tout puisqu’il il n’est plus là.

Martine (qui revient.) : Il n’est pas dans la cabane.

Jeanne : Cherchons dans le jardin. Je vais par là.

Martine : Je vais par ici.

Camille : Bon, ben, je vais, disons, par là.

(Elles sortent. Apparaissent les deux gardiennes.)

Lilou : On devrait, peut-être, les aider à chercher ?

Louna : Pas la peine. Il est parti cette nuit.

Lilou : Du jardin ? Mais, on va faire quoi ?

Louna : Rien.

Lilou : Comment ça ? Il faut aider ce gamin.

Louna : D’accord, comment ?

Lilou : Mais, je ne sais pas moi, Fais quelque chose, toi !

Louna : On ne peut qu’attendre et voir s’il revient.

Noir.

 

Scène 4 :

(Jeanne revient la première, puis Jeanne, puis Camille.)

Martine : J’ai rien trouvé

Jeanne : Moi, non plus

Camille : Ben non, mais je vous l’avais dit.

Jeanne : Comment tu le savais ?

Camille : Je ne le savais pas, mais c’était évident.

Jeanne : Il a du retourner chez ses parents.

Martine : Il est fou de croire qu’il va mieux vivre là-bas.

Jeanne : Qu’est-ce qu’il va lui arriver ?

Martine : J’en sais rien !

Camille : Il faut le retrouver et le ramener.

Martine : T’es folle ! C’est impossible. On ne doit pas sortir d’ici.

Jeanne : C’est vrai, si on ressort d’ici, on va redevenir gris. En plus, on ne sait pas si nos parents ne nous ont pas déjà remplacés.

Camille : Moi, je pense qu’il faut aller le chercher. On ne sait pas s’il va retrouver le chemin du jardin.

Jeanne : C’est vrai ! Comment on a trouvé ce jardin ?

Martine : Je ne m’en souviens plus.

Jeanne : Moi, non plus

Camille : Moi, non plus.

Martine : Donc, si on sort, on ne sait pas si on pourra rentrer à nouveau.

Camille : Il faut trouver une solution.

Martine : On va y réfléchir.

Noir.

 

 

Scène 5 :

(Les gardiennes.)

Lilou : Bon, elles sont vraiment malignes ces petites ! Elles devinent beaucoup de choses.

Louna : hum, hum. Mais ça ne rend pas les choses faciles pour eux. Le gamin n’aurait jamais du partir.

Lilou : Il va se passer quoi chez lui ?

Louna : Chez lui ?

Lilou : Chez ses parents ?

Louna : Aucune idée ! Mais, il aura de la chance s’il peut revenir dans le jardin.

Lilou : Qu’est-ce qu’on peut faire ?

Louna : Pas la moindre idée.

Lilou : C’est désespérant.

Noir.

 

Camille (qui prépare des affaires) : on va essayer de se repérer quand on va sortir. Mettre des marques pour retrouver le jardin.

Martine : Je dis que c’est une mauvaise idée.

Jeanne : Oui, on le sait, mais on doit faire quelque chose pour Jojo. Il faut le retrouver. Il ferait pareil pour nous.

Martine : Je sais. On y va ? Prête ?

Jeanne et Camille : oui chef !

(Elles se dirigent vers la sortie du jardin, observées par les deux gardiennes.)

Lilou : Il faut faire quelque chose. Elles courent à leur perte. Elles ne retrouveront plus le jardin. Si ces enfants sortent du jardin, leur monde sera perdu dans le gris et la tristesse et il s’éteindra.

Louna : Tiens, tu sais ça toi ? Et tu le sais d’où ?

Lilou : Ben, maintenant que tu me le demandes, je ne sais pas d’où je le sais, mais je le sais, c’est une certitude. Pourquoi tu souris comme ça ?

Louna : Parce que je sais la même chose. C’est comme ça. On est, peut-être, en train de devenir des anges, va savoir !

Lilou : Ok, mais on fait quoi pour ces gamines ?

Louna : Rien ! Elles doivent choisir leur destin, pas nous. Si elles reviennent, on pourra les aider, c’est tout.

Lilou : Oui, je sais et je n’aime pas ça. Ho regarde, là-bas !

Jojo (Qui débarque de l’autre coté.) : Hé bien, vous allez ou, les filles ?

Les trois : Jojo !

Martine : C’est qui, elle ?

Camille : Je l’ai déjà vu dans l’école grise

Martine : C’est qui ?

Jojo : J’sais pas, elle m’a suivi dans la rue et la grille est restée ouverte jusqu’à ce qu’elle rentre dans le jardin, comme si le jardin l’avait attendue.

Jeanne : T’es seule ?

Caro : Oui.

Martine : Pourquoi t’es venue ?

Caro : J’étais seule. Je l’ai suivi parce qu’il a l’air gentil. C’est ici que je voulais venir.

Camille : Comment tu savais que le jardin existait ?

Caro : Je ne le savais pas, mais je le cherchais. C’est compliqué, je suis incapable de vous expliquer, j’y comprends rien.

Jojo : Ho, les filles, on se calme ! Laissez-la respirer. Tu as faim ? Tu t’appelles comment ? Tu es d’où ?

Caro : J’ai faim, je m’appelle Caro et je viens de là, dehors dans la grisaille.

Martine : Tes parents ne te donnent pas à manger ?

Caro : Non, ils sont morts. Il y a eu un accident dans l’usine et ils sont morts, alors je me suis enfui de l’école grise. Je voulais voir de la couleur. Je peux rester, c’est plein de couleurs ici ?

Camille : Elle doit rester avec nous !

Jojo : Oui, dehors, elle mourra.

Martine : oui, une copine de plus !

Jeanne : Viens, il y a pleins de fruits ici ! Ils sont super bons.

Martine : Alors, Jojo, comment t’as fais pour revenir ?

Jojo : ho, ça s’est fait tout seul. Quand je suis revenu vers ici, je me suis arrêté devant le jardin sans y penser. Je voyais les grilles, mais j’avais l’impression qu’on était les seuls à les voir ; Puis quand on s’est retrouvés seuls devant, elles se sont ouvertes et elles sont restées ouvertes jusqu’à ce que Caro soit rentrée, C’est tout.

Jeanne : Alors, c’est comment dehors ?

Jojo : Pas terrible, mais d’abord, j’ai faim, très faim.

Camille : Tiens, on n’en avait prévu pour la route.

Caro : Moi aussi, j’ai faim !

Martine : Bon, tu racontes ?

Jojo : C’est pire que ce que l’on croyait dehors.

Jeanne : Alors, tes parents ?

Jojo : Je les ai vus. Ils m’ont dit de revenir ici.

Jeanne : Pourquoi ?

Jojo : Parce que les gris ont vu que mes parents sont, un peu, spéciaux, un peu colorés. Ils m’ont dis de ne pas retourner dans la grisaille. Ensuite, j’ai du m’enfuir car ils ont été emmenés. Alors, je suis revenu ici.

Camille : Et tu n’es pas triste ?

Jojo : Non, ça va. Mes parents m’ont dit que je devais être ici avec vous, alors ça va. Elle, non plus, elle n’est pas triste, on sait que notre vie est ici, maintenant. Et, surtout, j’ai dû remanger leur pilules, j’étais pressé de revenir ici manger nos bons fruits. Ca fait du bien d’être de retour. Il y a encore à manger ?

Martine : Mais oui, Jojo, tiens !

Jeanne : On va jouer ?

Tous : Ouaip !

Noir.

 

Scène 6 :

(Les gardiennes.)

Lilou : C’est qui, cette petite ?

Louna : Ben… Une nouvelle !

Lilou : Oui, mais on va en faire quoi ?

Louna : Nous, rien ! Ce sont les enfants qui vont s’occuper d’elle. Petit à petit, ce jardin va se repeupler et ce monde revira en couleur. Quand ils seront grands, ils seront devenus des adultes heureux de vivres au milieu de tant de couleurs.

Lilou : Tu crois que la grisaille va se colorer, un jour ?

Louna : je le sens, pas toi ? Quand ils seront vraiment heureux et nombreux, ça se fera tout seul. Tu vois, il suffit de les laisser faire.

Lilou : T’as raison, ils sont biens, ces mômes ! Bon, on fait quoi, maintenant ?

Louna : On surveille notre jardin, des fois que d’autres mômes y viennent ! On va, juste, les aider à grandir et les protéger dans le jardin. Surtout, on surveille l’arrivée des nouveaux enfants, il y en aura !

FIN

 

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