Madame le ministre

Madame le Ministre

Pièce courte sur une femme coincée qui se lâche

2 femmes et 2 hommes

Scène 1 :

(Une femme bien habillée, discute au téléphone)

Albertine : Oui, je suis surbookée. Je dors dans mon bureau depuis, au moins, deux semaines. Une horreur, entre les gros bons hommes qui veulent vendre leur blé, les laitiers qui renversent leur lait, les éleveurs qui n'élèvent plus rien, les vignerons qui boivent la tasse et pas avec de l'eau, les maraichers qui sont dans le potage, les fruitiers qui ont le noyau en travers de la gorges, l'horreur, du matin au soir. Et que des hommes, les hommes de la terre, des vrais ! Quand je leur parle, j'ai l'impression d'être une paire de fesses sur pattes. Je suis sous caféine toute la journée. Là, je sors d'une réunion avec Lui… Charmant… Oui, très bel homme… Non ! Mais non, je te dis… Trop cavaleur pour moi. Remarque, c'est normal, il a épousé une jument ! (Entre un homme en costume, très coincé, avec des documents sous le bras). Je vous laisse, ma chère amie, j'ai un autre rendez-vous qui suit. Au revoir.

Séraphin : Bonjour, madame.

Albertine : Mlle, Séraphin, Mlle. Je ne suis toujours pas mariée. Je vous l’ai dis hier soir et je n’ai pas eu le temps de me marier dans la nuit. Mon bureau manque de monde, la nuit, déjà le jour, c’est pas terrible !

Séraphin : Vous avez dormi ici, mad… demoiselle ?

Albertine : Oui, comme souvent, en ce moment. Alors, vous avez quoi pour moi, aujourd’hui ?

Séraphin : Une réunion du TQOLPSLPE.

Albertine : Quoi ? C’est quoi cette chose ?

Séraphin : Une réunion du Test de Qualité en vue de l4Obtention d’un Label des Produits Solides et Liquides des Producteurs Européens. C’est une réunion importante sur l’Europe agricole, Mlle.

Albertine : Ha ça, je ne l’ai pas encore fait. C’est comment ? Qui y est ?

Séraphin : Ben, comment dire Mad… demoiselle, c’est une rencontre entre les ministres agricoles de l’Europe. Des décisions importantes y sont prises. Pour subventionner et aider différents producteurs européens que chaque ministre présente.

Albertine : Oullala, ça doit être très protocolaire, non ?

Séraphin : C’est un peu plus compliqué que ça, Mlle.

Albertine : racontez-moi ça, Séraphin. Ca se passe comment et les autres ministres sont comment ? Je ne les ai pas encore rencontrés.

Séraphin : Ce sont des hommes, Mlle, avec leurs qualités et leurs défauts.

Albertine : Ha, merci, Séraphin, on voit, tout de suite, plus clair. Commençons par le commencement. Pourquoi compliqué ?

Séraphin : Hé bien, comment dire ? Des produits sont amenés et les ministres testent.

Albertine : C’est nous qui gouttons ?

Séraphin : Heu, oui, Mlle, C’est une réunion un peu particulière qui a lieu une fois par an.

Albertine : Comme un repas d’affaire, en somme ?

Séraphin : Pas vraiment !

Albertine : Enfin, expliquez-vous, Séraphin ! Ca se passe comment, exactement ?

Séraphin : Hé bien, vous goutez chaque produit apporté par chacun.

Albertine : C’est ce que je dis : Un repas !

Séraphin : Oui, mais chaque produit est accompagné d’un vin ou un alcool. A gouter aussi !

Albertine : Ha bon ! Oui, bien nous verrons cela. Je ne bois jamais, alors… Mon prédécesseur faisait comment pour éviter ce genre de sport.

Séraphin : Il n’évitait pas, Mlle !

Albertine : Il ne prenait pas de vin ?

Séraphin : Si, bien sûr !

Albertine : Beaucoup ?

Séraphin : Comment dire ? Par rapport à ses homologues ou par rapport à la moyenne générale de l’européen moyen ?

Albertine : Quelle est la différence ?

Séraphin : Si je vous dis, un peu moins que ces homologues, mais beaucoup plus que la moyenne générale des euros…

Albertine : Oui, c’est bon, j’ai compris. Bien, je me charge de me trouver un remplaçant pour cette beuverie. Mais comment faisait mon prédécesseur pour sortir de là, s’il avait bu ?

Séraphin : Il faisait comme les autres… Sortie de services, les premières années, puis fenêtre des toilettes jusqu’à aujourd’hui pour éviter les journalistes.

Albertine : Et, ça marche ?

Séraphin : Plutôt bien, Mlle.

Albertine : Donc, les ministres de l’agriculture de l’Europe entière sortent par la fenêtre des toilettes du bâtiment ?

Séraphin : Oui, Mlle.

Albertine : Pourtant, le dernier était assez, comment dirais-je, plutôt costaud. Mais, vu le bonhomme, tout cela ne m’étonne guère.

Séraphin : Mais, il n’était pas le seul à avoir un sérieux embonpoint, d’où les travaux d’agrandissements de la fenêtre des toilettes, l’an dernier avant la réunion.

Albertine : Bien, quoi d’autre ?

Séraphin : Rien, mais la réunion est…

Scène 2 :

(Jacqueline entre dans un courant d’air)

Jacqueline : Bonjour, ma chérie, tu vas bien ?

(Séraphin lâche tous ses documents.)

Albertine : Maman, Dans le bureau d’un ministre, on frappe !

Jacqueline : Ha bon ? Je dois frapper qui ?

Albertine : regarde, tu as effrayé ce pauvre Séraphin.

Jacqueline : Séraphin ? (Elle le regarde faire) Drôle de prénom. C’est qui, ma Titine ?

Albertine : maman, arrête de m’appeler avec ce diminutif ridicule. Je suis, tout de même, ministre, maintenant !

Jacqueline : Je ne vais, quand même, pas t’appeler par ton prénom ! Il est débile, ma chérie.

Albertine : Je te rappelle que tu es ma mère et que c’est toi qui me la donné.

Jacqueline : Oui, je sais, mais c’était, il y a longtemps et il y a prescription. . Et puis, j’étais saoule.

Albertine : Il parait.

Jacqueline : Je te promets que c’est vrai.  Je n’ai pas dessoulé, a partir de ta conception, sinon, je ne me serais jamais laissée faire, je n’aurai pas supporté, jusqu’à l’accouchement, sinon, j’aurai eu un minimum d’inspiration pour ton prénom.

Albertine : C’est, peut-être, pas le moment de revenir sur notre passé familial, surtout concernant ma naissance.

Jacqueline : Il fait quoi, ton Séraphin ?

Séraphin : Je range mes dossiers, madame.

Jacqueline : Mlle, mon petit, Mlle. Hé oui, ne me regardez pas comme une mouche qui voit un ver de terre ! Je ne me suis jamais casée. Elle est tombée du ciel. C’est pas la première. On ne l’a pas appelée Marie, mais c’est tout juste. Sans ses lunettes et un peu dégrossi, il ne serait pas mal. T’as déjà gouté ?

Albertine : Maman ! Assieds-toi ! Tu veux un café ?

Jacqueline : Avec plaisir. Ca doit être sympa d’avoir des hommes à genou devant toi. C’est souvent ?

Albertine : Non, seulement quand tu viens.

Jacqueline : Ben, c’est la première fois !

Albertine : Lui aussi ! C’est bon Séraphin, vous pouvez nous laisser un moment ? Je vous rappellerai.

Séraphin : Mais, madame, je ne vous ai pas dis l’heure de la réunion.

Albertine : Hé bien, vous me direz ça tout à l’heure. (Elle le pousse dehors)

 

Scène 3 :

Jacqueline : Son prénom lui va bien.

Albertine : Pourquoi ?

Jacqueline : il est ridicule.

Albertine : Maman ! Je suppose que si tu es venue me voir ici, c’est que tu as une bonne raison.

Jacqueline : Ha ça oui ! Je peux passer quand je veux, personne. Je peux appeler quand je veux chez toi, personne ! Et ton portable occupé constamment. Alors je me suis dit, une ministre doit être dans un cabinet. Je suis entrée dans les premières toilettes que j’ai trouvées et me voilà ! Sérieusement, ma fille, tu vas bien ? Tu as l’air stressée et fatiguée.

Albertine : Ca va, Maman, Je te remercie de prendre de mes nouvelles. Beaucoup de boulot, mais bon voilà. Et toi ? Ca va ?

Jacqueline : Oui, ma chérie, en pleine forme. Et, depuis que tu es ministre, j’emballe à donf.

Albertine : Quel est le rapport ?

Jacqueline : En boite, quand je dis que ma fille st ministre, ils bavent tous devant moi, j’adore (Le tel du bureau sonne)

Albertine : Ha non, pas maintenant, je ne prends pas. Hé bien, me voilà contente. Et, comme tu ne peux plus te reproduire, je ne risque pas de me retrouver avec un demi frère, c’est déjà ça.

Jacqueline : Tu as une façon de voir les choses très étrange, ma fille. Un peu de délicatesse, non ?

Albertine : Pas entre nous, maman.

Jacqueline : Bon, tant pis. (Le tel sonne.) Tu ne prends pas ?

Albertine : Non, je veux profiter de ta visite.

Jacqueline : C’est très gentil, mais c’est, peut-être, important ! Tu es ministre, maintenant.

Albertine : Oui, bien, ils rappelleront plus tard. (La sonnerie s’arrête.) Tu vois, surement pas important. Donc, tu as un nouveau petit copain ?

Jacqueline : Tu rigoles ! Plusieurs ! La période est faste, j’en profite. Les gouvernements et les ministres passent si vite. … Mais toi ? Tu n’as personne ?

Albertine : Non, je suis bien toute seule et, de toute façon, je n’ai pas le temps.

Jacqueline : Ne fais pas la même erreur que moi. Une vie de famille, quand tu fais le compte, c’est, tout de même, bien. T’es moins seule, arrivée à un certain âge. Tu devrais te trouver un gentil mec et te caser.

Albertine : C’est toi qui me dis ça. Même, mon père, tu ne l’a connu que dix minutes !

Jacqueline : C’est faux Titine, tu exagères toujours tout. J’ai passé une nuit entière avec lui. Au matin, j’ai gouté son café, bien vu sa tête, j’ai senti que ça n’allait pas le faire lui et moi. Et maintenant, c’est trop tard pour moi, alors, je continue. Pour toi, non. Tu peux encore fonder une famille.

Albertine : Non merci, Maman. Je n’ai pas envie de devoir rentrer à 20h pour préparer la popote, faire les devoirs jusqu’à 23h et, ensuite, avant de dormir, m’occuper de la libido d’un mari grassouillet.

Jacqueline : C’est, peut-être, pas le plus désagréable de la relation.

Albertine : Me réveiller en pleine nuit parce que le petit dernier fait une dent, peut-être, même, lui donner le sein parce que j’aurai deux énormes choses là qui me transformerais en vache laitière. Non merci !

Jacqueline : Vu comme ça, bien sûr, ça ne donne pas envie. Mais, moi, ce que j’en disais, c’était pour t…

(Séraphin entre, paniqué.)

Séraphin : Madame, je suis désolé, mais…

Albertine : Mais, enfin, Séraphin, on n’entre pas dans mon bureau de la sorte. On frappe, enfin quoi ! Ca devient une habitude de prendre mon bureau pour un moulin. Bon, il se passe quoi de si grave, Séraphin ?

Séraphin : C’est votre téléphone, madame…

Albertine : Mlle, Séraphin, Mlle.

Séraphin : Oui, pardon, Mlle. IL essaie de vous joindre depuis un moment. Il veut savoir ou vous êtes.

Albertine : Lui ! Et pourquoi, vous ne me le disiez pas de suite ? C’est important ?

Séraphin : C’est la réunion du T.Q.O.L.P.S.L.P.E.

Albertine : La réunion de quoi ?

Séraphin : La réunion pour gouter les produits européens.

Albertine : Oui, hé bien ? En quoi, elle l’intéresse lui, cette réunion ?

Séraphin : Il tient à ce que vous y assistiez personnellement.

Albertine : Oui, bon, on verra ça plus tard. J’en discuterai avec lui. Elle est quand cette réunion ?

Séraphin : Dans un quart d’heure, Mlle.

Albertine : Ho mon dieu. Mais pourquoi ne m’avez-vous pas prévenue, Séraphin ? Il faut commander un taxi, nous allons être en retard.

Séraphin : Le taxi attend en bas, Mlle.

Jacqueline : Tu en as pour longtemps ?

Albertine : Une petite heure, je pense.

Séraphin : Au moins trois ou quatre heures, Mlle. Et c’est un minimum

Jacqueline : J’attendrais un peu ici, si tu rentres trop tard, je serai partie.

Albertine : Je ne la sens pas cette réunion, je n’ai pas eu le temps de me préparer.

Séraphin : Je vous brifferai dans le taxi, Mlle.

(Ils sortent)

Jacqueline : Un sacré métier. Je ne suis pas sûre que j’aimerai, même avec les hommes à mes pieds (On toque) Tiens, il suffit qu’elle s’en aille pour qu’on frappe avant d’entrer. Entrez !

Scène 4 :

Phil : Bonjour, ça va ?

Jacqueline : Moi oui. Et vous ?

Phil : Moi aussi. Merci Madame.

Jacqueline : Mlle, Monsieur. Vous êtes ?

Phil : Je cherche Mlle le ministre.. Vous êtes…

Jacqueline : Ho non ! Je ne suis pas… Mais vous, vous êtes….

Phil : Moi, non, non. Je ne pourrais jamais être ministre. Mais vous, Chef de cabinet ?

Jacqueline : Ha non, les cabinets, ce n’est pas mon genre. Encore que, ça dépende avec qui. Vous, vous… ?

Phil : Non, non, pas de cabinet, non plus. Secrétariat, alors ?

Jacqueline : Mais enfin, j’ai une tête de secrétaire dans un cabinet, moi ? Et vous, vous êtes qui, finalement ?

Phil : Moi ?

Jacqueline : Non, le singe sur l’affiche, là !

Phil : Oui, pardonnez-moi, je ne me suis pas présenté. Philippe Bourdier.

Jacqueline : Enchanté. Et vous cherchez quoi ici ?

Phil : Je m’occupe des places de parking du ministère et je venais voir notre nouvelle ministre.

Jacqueline : Je suis sa maman, charmant jeune homme. Les places de parking ? Ca doit laisser du temps libre, ça, non ?

Phil : Pas tant que ça. Il y a du monde dans ce ministère. Et il faut aménager l’extérieur.

Jacqueline : L’extérieur ?

Phil : Oui, devant le ministère. A cause des manifs d’agriculteurs. Ben oui, il faut de l’espace pour les tracteurs, quand ils déversent leur fumier, pour pas gêner la circulation.

Jacqueline : L’agriculture me semble très bucolique ! J’ai du temps devant moi, vous me racontez tout ça ? (Une sonnerie dans son sac) Voilà, voilà, j’arrive. Allo. Allo. Ha oui, un instant. Celui-là, je ne peux pas le laisser filer. Excusez-moi, je reviens de suite. (Elle sort)

Phil : Yes, je suis dans la place. Le patron va être content, chez la ministre (tel). Allo. Oui patron… Non, je ne peux pas maintenant… Ben, je suis sur un coup… NON, monsieur, très sérieux… Je vous promets du gros… Demain surement… Ha oui, sûr, monsieur ! Vous pouvez laisser une place à la une. Vous verrez… HO, je … Il a raccroché ! (Il sort un petit appareil photo.) Bon, coté photos, je suis paré. Ca va être un scoop d’enfer ! Bon la mère, c’était pas prévu, mais ça peut être utile. Elle n’arrête pas de me mater, la vieille. Elle est, encore, pas mal. On verra. L’important, choper la ministre et faire l’interview de ma vie.

(Jacqueline revient.)

Jacqueline : Excusez-moi, c’était mon petit cousin.

Phil : Pas de soucis. J’ai tout mon temps, ce matin. Je dois voir la ministre, alors je vais l’attendre.

Jacqueline : Ca risque d’être long.

Phil : Vous me tiendrez compagnie ?

Jacqueline : Avec plaisir !

Noir

 

Scène 5 :

Phil : Je suis désolé, je ne sais pas ce qui m’a pris.

Jacqueline : Il vous a pris qu’avec votre jeunesse, vous vous êtes senti en terrain conquis, c’est tout. Mais le fait d’être jeune, enfin, plus jeune, ne vous donne pas tous les droits. Je ne suis pas juste une paire de fesses, même si je suis plutôt bien conservée. Même si vous êtes d’un physique agréable, en quoi cela vous empêche-t-il d’être délicat, subtil, c’est trop demander ?

Phil : Non, vous avez raison. Mais vous m’avez chauffé, aussi !

Jacqueline : Moi ? Vous prenez vos fantasmes pour des réalités. J’essayai d’être agréable, sans plus. S’il vous suffit de cela pour sauter sur la première femme que vous croisez, je plaints votre femme.

Phil : Ho, je ne suis pas marié. C’est pas pour moi la vie de famille. Bobonne à la maison, les reproches pour tout et n’importe quoi ! Les dimanches chez la belle famille. Et puis, les mômes, les couches, les devoirs, les cris, les pleurs, non merci, pas pour moi. Toujours la même nana qui devient flasque avec l’âge et qu’on supporte plus dans son lit.

Jacqueline : Tiens, j’ai déjà entendu ça, il n’y a pas longtemps. Alors vous êtes en manque ! Je comprends tout. Hé bien, malgré les apparences, je ne suis pas une paire de fesses, même si elles sont bien placées, j’ai aussi un cœur.

Phil : Merci, j’ai remarqué.

Jacqueline : Bon, on fait quoi, maintenant ?

Phil : Je vous propose des excuses ?

Jacqueline : Ouaip, bon, ok ! On efface.

Phil : Merci, mais si un jour…

Jacqueline : Mais, vous êtes vraiment incroyable. On efface, je vous dis. Vous avez essayé le plaisir solitaire ?

Phil : Oui, bon, ça lasse vite.

Jacqueline : Bien sûr, je compatis (A part) C’est, tout de même, flatteur de vouloir, encore, de moi. Il est, quand même, jeune.

Phil : Pardon ?

Jacqueline : Non, rien, mais…

 

 

 

 

Scène 6 :

(La porte s’ouvre à la volée. Albertine arrive sans dessus dessous. Elle reste hébétée. )

Jacqueline : Eh bien, ma chérie, c’était long ! Sans ce charmant jeune homme, je serai partie depuis longtemps… Ca va ?

Albertine (Incompréhensible) : beu, beu, beu, Soif !

Jacqueline : Oh, je crois que je comprends. Ca, elle ne me l’avait jamais fait ! Je te cherche quelque chose. Surveillez-la, vous. Et pas un mot à qui que ce soit, je vous préviens. Secret professionnel pour vous. Dites-moi ou je peux trouver du café ?

Phil : J’en sais rien, moi !

Jacqueline : Vous travaillez bien ici, non ?

Phil : Bien sûr, mais pas à cet étage… Dites, elle a bu, non ?

Jacqueline : Chut ! Je reviens. (Elle sort)

Phil : Madame, madame ! Vous êtes là ? Oulala ! Qu’est-ce qu’elle tient ! Quelques photos, voilà. Ca c’est du béton. Madame ? Ca va ?

Albertine : Beu, beu, beu, Mlle !

Phil : Ha pardon, Mlle. Décidément, c’est de famille.

Albertine : Vous êtes qui, vous ?

Phil : Je suis le responsable des parkings du ministère.

Albertine : Ha bon ? Et vous voulez quoi, beau jeune homme ?

Jacqueline (qui revient avec du café) : Rien, il me tenait compagnie. T’as fais quoi à cette réunion pour revenir dans cet état ?

Albertine : Alors, c’est une réunion ou tous les ministres de l’agriculture de l’Europe se retrouvent. Pas un ne manque. Ils ne rateraient ça pour rien au monde. Maintenant, je sais pourquoi !

Jacqueline : Ben, dis-moi !

Albertine : Parce qu’on goute ! On goute à beaucoup de choses. D’abord, c’est le Portugal, qu’il faut aider en ce moment, qui nous a fait gouter un plat d’olives pour l’apéro. Merveilleuses, des parfums terribles. Avec il a servi un porto à tomber par terre. Je crois que je vais en faire venir. Mais il n’a pas été retenu. Après, il y avait qui, de nouveau ? Ha oui, le grec. Il faut, absolument soutenir la Grèce. Ils ont du mal, les grecs, sont, totalement, dans la panade. On a dégusté un truc à base de leur fromage impossible, avec un gout bizarre. Elles sont mal nourries, les chèvres en Grèce ! Mais, avec, ils nous ont servis un petit rosé fort sympathique, et, pendant qu’on goutait, il nous a raconté les soucis des grecs. Il pleurait, le pauvre homme, j’ai repris trois fois… Du rosé et il était bon. Je crois que je vais en faire venir. Mais ils n’ont pas été retenus. Après, ça devient flou. Ha si, l’Espagne, ils en chient, les pauvres. On a pris des tapas, moi, j’ai pris que ça. On pouvait aussi prendre de la paëlla ou des… Je ne sais plus le nom, mais avec des poivrons et des olives. J’ai pas essayé. Par contre, ils servaient une sangria avec beaucoup de fruits, je ne vous dis que ça. J’en ai… J’en ai repris cinq fois juste pour aider le pays, ils faut les aider, les espingoins, sont à la rue. Mais z’ont pas été retenus. L’Allemagne, j’ai pas pris, trop gras, mais leur vin gelé ou je ne sais plus quoi ! Merveilleux ! Eux z’ont pas besoin qu’on les aide, alors j’ai pris six verres, mais pas retenus. Les italiens, avec leurs pizzas m’ont fatigués de suite, mais leur vin rouge pétillant…

Phil : Le Lambrusco.

Albertine : Oui, c’est ça. Vous êtes cultivé, vous. Ca se boit comme du petit lait. Pas retenu, non plus.

Phil : Dites, vous avez mis quoi dans votre café ?

Jacqueline : Un remontant que j’ai trouvé pour la ramener.

Phil : Pfff, ça tape votre truc. J’ai la tête qui tourne.

Jacqueline : Vous êtes une chochotte. Ce n’est pas si fort. Regardez, elle reprend des couleurs.

Albertine : Pour finir, on a gouté mes produits. Z’avaient tout organisés. Vous êtes gentil vous. Séraphin avait sélectionné des produits et des vins. Le but est d’en faire gouter le plus possible. Je leur ai tout mis aux collègues et on rinçait chaque fois avec un autre alcool de notre cher pays. Ha ça, on a fait un vrai tour de France.  L’allemand a craqué à la Bretagne. On venait de commencer. Il est tombé raide. Forcément eux avec leur bière, sont pas habitués. Ca lui a fait un choc. Arrivé à la Lorraine, c’est l’italien qu’a craqué, la mirabelle, il n’a pas supporté. Faut dire que c’était pas du sirop. Il a crié Mama Mia après son verre, ensuite, il s’est mis à prier la Madone. Il y serait encore, si on ne l’avait pas ramené. Le croate, c’est vers Marseille qu’il a eu du mal, pourtant, dans ces pays-là, ils assurent, non ? Il a, quand même, tenu trois petits jaunes secs. Après, il s’est mis à danser une très jolie danse et il s’est endormi. Quand j’ai fini le tour de France, on était, encore, trois. Ils m’ont applaudi et ils ont accepté tous mes produits. Ils seront tous labélisés. Ils étaient scotchés qu’une femme tienne aussi bien la rampe qu’eux, voire, même mieux. C’est qui, lui ? Il est mignon. Vous êtes libre ce soir ?

Phil : Ha non, si vous êtes comme votre mère, laissez-moi tranquille.

Albertine : Non, non, moi, je suis une fille sérieuse. Pas vrai, Maman ? Je ne couche jamais le premier soir.

Jacqueline : Tu as fais quoi à ta robe, elle a un accro.

Albertine : Je ne sais pas. Ha si, je me souviens. C’est en sortant par la fenêtre des toilettes, je suis restée accrochée. Jamais le premier soir, il faut un minimum.

Phil : c’est bien. Ca devient rare de nos jours. Et le deuxième ?

Albertine : Le deuxième ?

Phil : Le deuxième soir ?

Albertine (riant) : Si vous tenez jusque là, on pourra aviser. Ils ne sont pas nombreux à avoir franchis le cap. Mais vous êtes marié.

Phil : Moi ? Non, surtout pas. Je ne m’engage jamais.

Albertine : C’est bien, bravo ! Moi non plus. Pas de mariage. Jamais !

Phil : Jamais !

(Ils se regardent.)

Phil (Se mettant à genoux) : Voulez-vous m’épouser ?

Albertine : Vous épouser ? Vous ? Mais, je ne vous connais pas.

Phil : Raison de plus.

Albertine : Vous faites la cuisine ?

Phil : Non.

Albertine : Bien, moi non plus. Vous êtes fidèle ?

Phil : Je ne sais pas, j’ai jamais essayé.

Albertine : Tient, moi non plus. Vous aimez les enfants ?

Phil : Ha non, surtout pas.

Albertine : C’est pas correct, je veux dire politiquement correct ! Mais moi non plus ! Vous faites le ménage ?

Phil : Pourquoi faire ?

Albertine : On prendra une femme, ou plutôt, un homme de ménage.

Phil : Oui, mais moche.

Albertine : Vous lavez votre voiture le dimanche ?

Phil : Le dimanche ! Ma voiture ! Je ne crois pas, non, d’autant que j’ai pas de voiture. Bon, vous m’épousez ou vous continuez l’interrogatoire, madame le commissaire ?

Albertine : Non, Madame le ministre. Oui, je vous épouse, maintenant de suite ! C’est mieux, parce que, quand je vais dessouler, je risque de changer d’avis.

(Le téléphone fixe sonne. Jacqueline va répondre.)

Jacqueline : Oui, allo ! Elle est, comment dire… Fatiguée… Ho, Monsieur le président ! Oui, non… Sa maman… Oui, merci… Je lui dirais, Monsieur, bien sûr… Du bon travail, les ministres sont très contents. Tant mieux ! Elle est… Oui, Monsieur ! Non, elle ne peut vraiment pas… (Albertine est en train d’embrasser Phil. Il jette son appareil photo.) Oui, Monsieur, on se verra, peut-être, bientôt. Oui, au mariage. C’est pour bientôt, manifestement. Merci, au revoir Monsieur le … Il a raccroché.

Fin

 

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