Si c'était à refaire

Si c’était à refaire


Pièce courte ou une femme annonce à son mari qu’elle la trompée.

1 femme et 2 hommes

 

(Un homme et une femme s’installent à une table pour leur petit déjeuner. Ils sont très aristocrates. Petit doigt en l’air. Ils mangent un long moment en silence et on découvre leur style.)

Jacques –André : Nous sommes bien là, non ? Ma chère Marie-Sophie.

Marie-Sophie : Oui, mon cher. Se couper de tout dans ce petit endroit très… Comment dirais-je ? Très isolé, c’est une charmante idée.

Jacques-André : C’est mon ami, le général Augustin de Princieur, qui m’en a parlé. « Mon vieux, m’a-t-il dit, Mon vieux, vous savez comme il est direct dans son langage. Mon vieux, si vous cherchez un coin isolé, un peu rustique et très local, passez une nuit dans cet hôtel.

Marie-Sophie : Ca, pour être local, c’est local.

Jacques-André : Vous n’aimez pas, ma chère ? Cela nous libère de la capitale.

Marie-Sophie : Mais si, mais si, mon ami. Beaucoup, bien au contraire, mais c’est très local. Cela nous permet de nous retrouver seuls tout les deux. Cela faisait si longtemps. Sans les enfants, sans votre mère. Je respire.

Jacques-André : Moi aussi, ma chère. Donnez-moi votre main. Je n’avais pas passé une telle nuit depuis longtemps.

Marie-Sophie : Ho, c’est vrai ! Cela faisait longtemps. Notre vie nous appartient si peu. La dernière fois, c’était en…

Jacques-André : L’année de la mort de votre chère maman. Nous étions partis en bateau pendant cinq jours. Vous adoriez la nuit en bateau, vous en souvenez-vous ? Vous deveniez comme hystérique.

Marie-Sophie : Je vous en pris, Jacques-André, êtes-vous devenu fou ? Nous ne sommes pas seuls !

Jacques-André : C’est vous qui étiez folle à cette époque. Vos besoins, sur le bateau, étaient démesurés.

Marie-Sophie : taisez-vous, mon ami, vous me faites rougir rien que d’y repenser. C’est vrai que le mouvement du bateau m’émoustillait.

Jacques-André : « Emoustiller », le mot est très peu représentatif de votre état pendant la traversée.

Marie-Sophie : Je vous en pris, mon ami, n’exagérez pas non plus. Ce n’est pas parce que, qu’on soit sur un bateau ou sur la terre ferme, votre état reste identique, qu’il faut exagérer un moment très passager et, surtout, très ancien maintenant.

Jacques-André : Vous avez raison, n’en parlons plus. Mais, que de souvenirs pour notre couple.

Marie-Sophie : Oui, c’est vrai, nous avons, après tant d’années passées ensemble, beaucoup de souvenirs en commun.

Jacques-André : Cette nuit m’a, tout de même, rappelé notre voyage en bateau. Vous m’avez fait retrouver des sensations que je n’avais pas senties depuis pas mal d’années.

Marie-Sophie : Ha bon, je ne vous ai pas senti si… Comment dirais-je ? Si enthousiaste cette nuit.

Jacques-André : Ha ! Pourtant, je me suis lâché, ma chère.

Marie-Sophie : « Lâché ?» Vous avez de ces termes, mon cher. C’est, peut-être, un peu fort, non ?

Jacques-André : Sûrement, je vous demande pardon, c’est l’enthousiasme comme vous le dites si bien. Je me suis senti si fringant, si jeune. Le voyage en bateau, ma chère.

Marie-Sophie : Enfin ! Jacques-André, un peu de tenue. La nuit a été agréable, certes, mais le voyage en bateau, c’était il ya longtemps.

Jacques-André : Il y a vingt ans, ma chère, vingt ans et six mois.

Marie-Sophie : Ah, tout de même si longtemps ! C’est fou comme les années peuvent passer même avec vous, avec une vie comme la notre. Ne me regardez pas comme cela, Jacques-André, nous avons eu une vie tout de même très classique. Pas d’aventures, pas d’expéditions exotiques, pas de divorces, de relations extraconjugales à scandales, pas d’enfants à problèmes, d’étrangers qui arrivent dans la famille, pas de noirs un os dans le nez, pas de jaunes avec les baguettes, pas de jeunes drogués, pas de chevelus hirsutes qui fument des choses inconnus, que sais-je encore. Le calme plat, mon ami, une vie tranquille et sans vague, pas de maitresse russe qui menace de m’étrangler pour vous garder pour elle seule. Pas d’amant grand aventurier qui m’enlève sur notre balcon pour m’emmener dans un pays de sauvages ou tout le monde vit entièrement nu. Pas de grosses blessures lors d’un exploit, vous n’êtes pas sportif, vous avez, même, le sport en horreur. Pas de tragique accident de voiture au volant d’un bolide rutilant, non, vous détestez conduire.  Je crois même que vous ne vous êtes jamais cassé un bras ou une jambe, non ? Pas même un doigt ? Ou un doigt de pied ? Rien ? C’est désespérant.

Jacques-André : Mais, enfin, ma chère, Que cherchez-vous ? Votre vie est aussi tranquille que la mienne, me semble-t-il.

Marie-Sophie : Il vous semble !

Jacques-André : Je ne crois pas que vous vous soyez cassé quoi que ce soit de votre coté.

Marie-Sophie : Restons-en là, mon ami, je me suis, peut-être emportée un peu plus que de raison.

Jacques-André : Vous appelez ça plus que de raison, ma chère ? Vous êtes en train de me dire que vous vous ennuyez de ma présence.

Marie-Sophie : Je vous demande pardon, mon ami. C’est cet endroit, cette solitude. Je crois que ça me rend un peu nerveuse.

Jacques-André : Hé bien, partons si vous n’êtes pas bien.

Marie-Sophie : Mais si, mais si, ça va. On est très bien ici. Vous avez choisi cet endroit pour me faire plaisir, alors restons-y… Et tenez votre œuf un peu mieux, mon ami.

Jacques-André : Mon quoi ?

Marie-Sophie : Votre œuf ! Regardez comme vous le tenez. Mais regardez !

Jacques-André : Mais je regarde, ma chère, je regarde et je ne vois rien.

Marie-Sophie : C’est bien là, le problème. On ne voit rien, mon cher !

Jacques-André : Et, vous voudriez voir quoi ? Je ne comprends vraiment pas votre problème avec mon œuf.

Marie-Sophie : C’est bien le problème, vous ne voyez jamais les problèmes. Regardez comme vous tenez cet œuf !

Jacques-André : hé bien ? Je tiens un œuf, et alors ? Il y a une manière particulière de tenir un œuf, maintenant ?

Marie-Sophie : Non, il n’y a pas une manière de tenir un œuf…

Jacques-André : Alors ou est le problème, dites-moi ma chère ?

Marie-Sophie : Il n’y a pas une manière de tenir un œuf, mais il y a une manière de ne pas le tenir, mon cher. Regardez-vous, c’est incroyable. Aucun homme digne de ce nom ne tient un œuf de la sorte.

Jacques-André : Enfin, Marie-Sophie, vous perdez le sens des choses, ma chère. Je tiens un œuf et je le tiens comme je veux. Ha mais c’est insensé cette affaire ! Nom d’une barrique percée !

Marie-Sophie : Ha, ne commencer pas avec votre langage de rue. Vous ne m’impressionnez pas avec ça. D’ailleurs, vous ne m’avez jamais impressionné, mon pauvre ami.

Jacques-André : Mais quelle mouche vous pique ce matin ? Tout ça pour un œuf ? Vous êtes folle ma pauvre fille, nom d’un porc épic en patin à roulettes !

Marie-Sophie : Que venez-vous de dire mon cher ?

Jacques-André : Tout cela pour un œuf, pourquoi ?

Marie-Sophie : non, pas ça, ensuite. Nom d’un quoi ?

Jacques-André : Mais je ne sais plus, j’ai dis cela en m’emportant, c’est tout. C’est, peut-être un peu exagéré, mais vous m’énervez, ma chère Marie-Sophie, c’est ainsi.

Marie-Sophie : Oui, c’est vrai, mon cher, je suis un peu énervée, je m’en excuse. Je suis inexplicablement tendue.

Jacques-André : ce n’est pas grave, ma chère. Terminons ce déjeuner et nous irons marcher un peu.

Marie-Sophie : Pourriez-vous faire, juste, un petit effort et tenir votre œuf autrement ?

Jacques-André : Je… Oui, je vais essayer. Je comprends que vous ayez des souhaits et des demandes précises qui peuvent améliorer notre vie de couple. Vous avez raison, l’échange est important et peut apporter du mieux dans notre couple. Même si je ne comprends pas tout, je vais faire un effort pour que nous puissions converger vers un mieux vivre dans notre vie, et…

Marie-Sophie : Mais, nom de dieu de merde vous allez tenir ce putain d’œuf comme un mec ! Un vrai mec ! Une fois dans votre vie !

Jacques-André (qui vient d’écraser l’œuf dans sa main) : Hé voilà, ce qui devait arriver est arrivé. Vous me poussez à bout et je perds contenance. Maintenant, personne ne mangera cet œuf. Et, de plus, j’ai taché la nappe. Une belle nappe blanche. Vous devriez consulter, ma chère Marie-Sophie, je crois que vous souffrez d’un trop plein d’adrénaline. Vous êtes de plus en plus nerveuse alors qu’il n’y a aucune raison à cela.

Marie-Sophie : Vous trouvez qu’il n’y a aucune raison pour que je m’énerve ? Bien, n’en parlons plus. C’est préférable. Souhaitez-vous un autre œuf ?

Jacques-André : Hé bien, pourquoi pas ? Mais, est-ce raisonnable ? Ce serait gênant que j’en casse un deuxième. Me promettez-vous d’être sage ?

Marie-Sophie : Je ne me sens plus capable de vous promettre quoi que ce soit, mon pauvre ami.

Jacques-André : Et pourquoi cela, ma chère ?

Marie-Sophie : Auriez-vous l’amabilité de terminer votre déjeuner qu’on en finisse avec cet endroit ?

Jacques-André : Vous voyez, Marie-Sophie, vous êtes surprenante. Tout à l’heure, vous trouviez cet endroit charmant, et maintenant, vous rêvez de partir. Ecoutez ce calme, ces chants d’oiseaux sont enchanteurs. J’ai, de plus en plus, de mal à vous comprendre, ma chère.

Marie-Sophie : Ne cherchez pas, Jacques-André, c’est peine perdue. Souhaitez-vous un autre œuf ou non ?

Jacques-André : J’hésite. J’en ai, relativement, envie, mais j’ai peur que cela ne vous fâche pour une raison totalement inconnue pour moi.

Marie-Sophie : Mais non, faites, mon ami. Je crois que je vais reprendre un café. (Elle fait signe au garçon.) Un autre café, bien fort.

Jacques-André : Etes-vous sûre ma chère, dans votre état un café n’est pas conseillé, de surcroit, un café fort.

Marie-Sophie : Ne vous inquiétez pas de mon état. Je vais très bien. Un café fort, je vous prie !

Jacques-André : Je me permets d’insister, Marie-Sophie. Ce n’est pas raisonnable.

Marie-Sophie : Hé bien, soyons fou pour une fois, faisons des choses pas raisonnables. Un café très, très fort, Je vous prie !!

Jacques-André : Bien, comme vous voulez, mais je vous aurais prévenue, ma chère. Amenez-moi donc, un autre œuf coque. Celui-ci a vécu. J’aurais, au moins réussi à casser quelque chose dans ma vie.

(Le garçon part. Un temps assez long de silence. Ils mangent mais, cette fois-ci, dans la gène.)

Marie-Sophie : Mon cher Jacques-André, m’avez-vous déjà trompé ?

Jacques-André : trompé ? Vous voulez dire avec une autre femme ?

Marie-Sophie : Bien, ma foi, oui ! Me tromper, tout simplement. Cela vous est-il déjà arrivé ?

Jacques-André : Vous tromper avec une autre femme ! Quelle idée étrange ! Quelle question étrange ! Pourquoi ici, maintenant ?

Marie-Sophie : Hé bien répondez, mon ami.

Jacques-André : Non, je ne vous ai jamais trompé avec une autre femme.

(Le serveur revient avec leur commande.)

Marie-Sophie : Ho, mon dieu ! C’était avec un homme ! Vous m’avez trompé avec un homme. Vous êtes… Comment appelle-t-on cela ?

Jacques-André : Un pédéraste. Ou plus poliment, un homosexuel !

Marie-Sophie : Ho, mon dieu. Vous m’avez fait ça ?

Jacques-André : Marie-Sophie, non, je ne vous ai jamais trompé avec un homme. Et, non, je ne suis pas pédéraste. Jamais avec un homme et jamais avec une femme. Je ne vous ai jamais trompé, un point, c’est tout. Je vous ai toujours été fidèle. Vous me comblez. Malgré la, sois disant, monotonie de notre vie, je suis heureux. Vous voilà satisfaite, ma chère ?

Marie-Sophie : Bien sûr, bien sûr. Même pas une petite fois ? Chez les hommes, ça va si vite. Il vous faut si peu de choses pour vous laisser aller. Une jolie femme qui passe, deux regards qui s’accrochent, un mouvement équivoque, une gorge un peu ouverte et vous plongez... Je ne sais pas, moi Une fois comme cela, entre deux portes, c’est humain chez les hommes. Votre instinct de bête. Si, mon cher, les hommes sont des animaux qui ne pensent qu’à ça, qu’à la chose. Vous avez quelquefois, un regard tellement… Tellement… (Elle le regarde.) Dénué d’intérêt. Non, effectivement, vous n’avez pas pu me tromper.

Jacques-André : Mais, enfin, Que se passe-t-il, ma chère, ce matin ? Vous vous énervez pour un œuf, vous me demandez si je vous ai trompé…

Marie-Sophie : Et, vous, vous ne vous posez jamais la question ?

Jacques-André : Laquelle ?

Marie-Sophie : Jacques-André, vous suivez la conversation ou pas ?

Jacques-André : Selon vous, je devrais me poser la question de savoir si vous m’avez déjà trompé. Mais, pourquoi, diable ?

Marie-Sophie : je ne sais pas, Jacques-André, on arrive à une période de notre vie ou vous pourriez vous poser des questions. Savoir s’il y aurait pu y avoir, l’une ou l’autre fois, un écart de conduite de l’un ou de l’autre sachant, qu’avec le temps, les choses s’estompent, il y a forcément prescription. Ce sont des questions légitimes que toute femme ou tout homme, normalement constitué, peut être en droit de se poser. Voilà, c’est tout.

Jacques-André : Et, vous allez mieux, maintenant que vous savez que je ne vous ai jamais trompé ?

Marie-Sophie : Non, car je ne comprends pas votre manque d’intérêt pour la chose.

Jacques-André : Mais, je vous fais confiance et je ne me pose pas de questions, c’est tout.

Marie-Sophie : Hé bien, vous avez tord, mon pauvre ami.

(Un silence.)

Jacques-André : Qu’entendez-vous par là ?

Marie-Sophie : Rien d’autre que ce que je viens de vous dire.

Jacques-André : Aurais-je tord de ne pas me poser de questions ou tord de vous faire confiance ?

Marie-Sophie : Les deux, je pense.

Jacques-André : Comment cela ? Mais, expliquez-vous, nom d’une barrique percée.

Marie-Sophie : Ha, ne commencez pas à hurler, je ne pourrais rien dire. Ca me bloquera.

Jacques-André : Je ne hurle pas, mais je vous somme de vous expliquer.

Marie-Sophie : Bien, Ce n’est rien de dramatique. Il m’est arrivé d’avoir eu un moment d’égarement, c’est tout.

Jacques-André : Un moment d’égarement ? Mais…Quand ? Avec qui ? Pourquoi ? Je le connais ?

Marie-Sophie : Jacques-André, mon ami. Calmez-vous. Ce n’est rien de grave.

Jacques-André : C’est qui ?

Marie-Sophie : Qui ? Je ne sais, donc, plus, mon cher. Si je dois me souvenir de tous les…

Jacques-André : Tous les quoi ?

Marie-Sophie : De toute façon, c’était, il y a longtemps. Je vous l’ai dit, il y a prescription.

Jacques-André : Même, si c’était il y a longtemps, vous devriez vous souvenir de l’homme avec lequel vous m’avez trompé ! Car il s’agit bien d’un homme, non ?

Marie-Sophie : Bien sûr, mon pauvre ami.

Jacques-André : Et vous ne vous souvenez pas de lui ? Vous êtes vraiment étrange, Marie-Sophie. Si j’avais eu une aventure, même lointaine, je m’en souviendrai

Marie-Sophie : Oui, le premier, on s’en souvient un moment, mais après ?

Jacques-André : Comment ça ? « Le premier ».

Marie-Sophie : Quand on n’a qu’une aventure, on s’en souvient toujours. Mais ensuite, on oublie les visages, c’est mieux. C’est même nécessaire, je crois.

Jacques-André : Vous êtes en train de me dire que vous avez eu plusieurs amants ?

Marie-Sophie : Mais non, mon ami, on ne peut appeler cela des amants. Un amant, on prend des rendez-vous secrets, on s’envoie des courriers, des mots doux, on passe des week-ends ensembles. Mais là, rien de tout ça. Bonjour, bonsoir, entre deux portes ou dans un hôtel de jour, et voilà. Jacques-André : Bonjour, bonsoir, et voilà ! Vous êtes… Une trainée, madame.

Marie-Sophie : Ne soyez pas désagréable, mon pauvre ami, cela ne vous correspond absolument pas. Une trainée, vous avez de ces mots.

Jacques-André : Comment appelez-vous votre conduite ?

Marie-Sophie : Mais je ne cherche pas à la qualifier. C’est un fait, voilà tout, mon cher, Et c’était, il y a longtemps.

Jacques-André : Mais que cherchiez-vous avec ces hommes ?

Marie-Sophie : Une relation… virile, probablement. L’aventure, l’inconnu.

Jacques-André : Mais, que vont penser les gens, la famille ? Les enfants, que vont-ils dire ?

Marie-Sophie : Rien.

Jacques-André : Et pourquoi cela ?

Marie-Sophie : Parce qu’il ne faudra rien leur dire. C’est préférable.

Jacques-André : Ce sont nos enfants, ils saurons, de toute façon, un jour ou l’autre.

Marie-Sophie : Mais non.

Jacques-André : Mais si.

Marie-Sophie : Mais non.

Jacques-André : Mais si.

Marie-Sophie : Mais non, c’est préférable pour tout le monde. Pour vous comme pour eux. Ils pourraient poser des questions gênantes.

Jacques-André : Et pourquoi cela ? Qu’est-ce qu’ils pourraient encore apprendre ?

Marie-Sophie : Ils pourraient, par exemple, chercher des correspondances de dates stupides.

Jacques-André : De quelles dates ?

Marie-Sophie : Celles de leurs naissances, par exemple. Dans ce genre de situation, les enfants, surtout grands, ont tendance à dramatiser les choses, à chercher des ressemblances ou à se rendre compte de l’absence de ressemblance.

(Silence)

Jacques-André : Vous êtes en train de me laisser supposer qu’ils ne sont pas mes enfants, qu’ils ne me ressemblent pas ? Etes-vous totalement folle ?

Marie-Sophie : Ha, mon pauvre ami, soyez juste et un peu objectif. Ils ne vous ressemblent pas du tout, ni l’un ni l’autre. Ni le physique ni le caractère ni… ni… tout le reste.

Jacques-André : Quel reste ?

Marie-Sophie : Le plus grand a déjà connu combien d’aventures féminines ?

Jacques-André : Beaucoup de trop, et alors ?

Marie-Sophie : Il ne vous ressemble pas, mon pauvre ami.

Jacques-André : Je ne suis pas leur père.

Marie-Sophie : Ha, tout de suite, les grandes phrases. Pourquoi ne seriez-vous pas le père ?

Jacques-André : Vous me dites que vous les avez conçus avec un autre homme. Dans ce cas, comment seraient-ils mes enfants ?

Marie-Sophie : Mais, mon ami, vous les avez élevés, non ? Et même comme vos propres enfants ! Qui les auraient mieux élevés que cela ?

Jacques-André : Mais, ils ne sont pas de mon sang !

Marie-Sophie : Ah, la belle affaire ! Voilà bien la réaction stupide d’un homme. Ils ne sont pas de mon sang. Le mâle ! Mais, c’est, il y a vingt ans qu’il fallait être un mâle quand il fallait remplir votre tâche de mari ! Qu’il aurait fallu me faire grimper aux rideaux ! Me donner du plaisir ! Remplir votre devoir conjugal plus d’une fois par mois et sans vous endormir au milieu. C’est à ce moment-là que vous auriez dû être un homme, un mâle, un vrai ! Ils seraient de vous, nos chers enfants !

Jacques-André : Marie-Sophie, cela suffit.

Marie-Sophie : Mais, ce n’est que la vérité, mon pauvre ami. Vous êtes le père de nos enfants. Et, laissez-moi tranquille avec cette faribole de liens du sang, c’est de la pure bêtise. N’allez pas leur mettre des idées pareilles e tête. Vous avez comme ils sont sensibles concernant la famille. Ils remettraient trop de choses en cause. Vous les avez élevés, vous êtes, donc, logiquement leur père et tout est très bien ainsi.

Jacques-André : Bien, nous allons faire quoi, maintenant ?

Marie-Sophie : Ma foi, simplement profitez de ce week-end absolument charmant. Mais, s’il vous plait, mon ami, tenez votre œuf autrement !

Fin

 

 

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