Vernissage

Vernissage :


Pièce satirique sur l’art contemporain

3 femmes et 4 hommes

 

Scène 1 :

(Une galerie de peinture. On prépare un vernissage. La directrice de la galerie, Nadine, amène un grand tableau. Coquette, sa belle-fille, est en train de peindre en vert, un élément de décor de la galerie. Elle est sur une échelle. Le grand tableau est blanc avec trois points noirs au milieu.  Il est porté par deux livreurs.)

Nadine : posez-le ici, on l’accrochera plus tard. C’est bien, faites doucement, c’est la pièce maitresse du vernissage.  N’allez pas me l’abimer ! Coquette, tu fais attention avec ta peinture ! Pas de tâches sur ce chef d’œuvre. Ha, rappelle-moi de faire réparer cette sonnerie d’entrée. Elle ne marche plus.

Coquette : Mais oui, Nadine, T’inquiète ! Tu me connais !

Nadine : Ben oui, justement ! J’insiste ! Avec ta peinture verte sur ce chef d’œuvre…

Coquette (qui descend voir le tableau) : C’est ça ton chef d’œuvre ? C’est un peu…

Nadine : Oui, ma chère ! C’est bon, je n’ai pas besoin de ton avis pictural. Reste dans le monocouche vert, ça ira très bien.

Coquette : Moi, ce que j’en disais ! Mais tu connais Papa !

Nadine : Quoi, ton père ? Qui est aussi mon mari, soit dit en passant.

Coquette : Ben, je peux déjà te dire qu’il n’aimera pas ! Ca finira par des engueulades entre vous, et je voulais t’éviter ça.

Nadine : Mais non, ma chère petite. D’abord, si tu ne t’en mêles pas, ça commencera, au moins bien. Ensuite, je suis la directrice de cette galerie et j’ai découvert assez de talents pour savoir que celui-ci sera très bon.

Coquette : Oui, et Papa finance la galerie et il devient fou chaque fois que tu lui amènes des croutes.

Nadine : Ecoute, ma chère belle fille, je crois qu’en matière…

Coquette : Mais, ne te fâche pas ! Je disais juste ça comme ça.

Nadine : Mais, je ne me fâche pas du tout.

Coquette : Si ! Quand tu m’appelle « Ma chère belle fille » c’est que je te gonfle.

Nadine : Mais non, pas du tout, Et cette expression « Je te gonfle » ! Je disais simplement, qu’en matière d’art, j’ai un avis un peu plus affuté que le tien, c’est tout.

Coquette : Oui, c’est vrai, il est tellement affuté qu’il met en colère mon père à chaque fois. Vous n’avez pas les mêmes gouts. Si, si, et les siens sont très rentables.

Nadine : C’est absolument faux. Mon gout est très sûr.

Coquette : Il y a combien de temps que tu n’as plus ramené un artiste qui a marché ?

Nadine : Mais je ne sais pas, je ne compte pas.

Coquette : Moi, je peux te le dire : Trois ans, Papa a compté. Trois ans que c’est lui qui a le nez creux et qu’il est le seul.

Nadine : Bon, écoute, cette discussion est très enrichissante, mais j’ai du boulot et toi aussi, me semble-t-il ! (Le téléphone sonne) Allo ? Bonjour, Galerie Rigala ? Oui, mon chéri ! Tu rentres quand ? Ha bon ? Je dois te montrer mon dernier trésor… Si, mon chéri, tu adoreras… Mais si, mon Polux, j’ai bien fait attention à ce qu’il nous plaise à tous les deux… Mais oui. Je suis emballée, tu vas adorer… Coquette ? Oui, bien sûr, elle est en train d’essayer de peindre le … Quoi ? Mais oui, bien sûr qu’elle aime (Tout doucement) Oui, je te dis qu’elle aime bien. Je suis très claire, j’ai dis : elle aime bien, voilà ! T’es sourd ou quoi ? Bon, j’appelle Ducasson pour lui montrer le chef d’œuvre…. Ho Bernard ! Tu exagères ! Ducasson est de très bon gout. Son avis fait loi… Mais si… Non, il est très écouté ! Non, ce personnage abominable, je ne veux pas le voir. Ce Demourtier est un rustre qui ne connait rien à la peinture. Il m’a insulté la dernière fois. Non, non et non, j’appelle Ducasson. Oui, bien, tant pis, c’est lui qui viendra. Je te laisse, à tout à l’heure !, oui, oui, bises. (Elle raccroche) Un couille-molle, ton père a de ces expression !

Coquette : Oui mais il a raison ! C’est pas un critique d’art ou plutôt, c’en était un avant ma naissance, maintenant, son problème, c’est qu’il ne voit même plus les tableaux.

Nadine : Oui bon ! Termine ton travail, je dois filer et, surtout, fais attention à ce tableau ! Dis aux livreurs de l’accrocher ici.

Coquette : Ok, Nadine, je transmets.

(Nadine sort. Coquette continue son travail. Le téléphone sonne et, en essayant de prendre le téléphone, elle verse e la peinture sur le tableau. Elle descend de l’échelle, passe sans rien voir devant le tableau, décroche le téléphone. Trop tard !)

Coquette : Allo ? Allo ? Bon tant pis. (Elle voit le désastre) Ho merde, la boulette ! Elle va me tuer ! Vite avant qu’elle ne revienne. En plus, il y a Paul qui doit venir me chercher. Je suis trop à la bourre.  (Elle cherche un chiffon et essaye d’essuyer la tâche, mais elle a pris un chiffon plein d’une autre couleur et en rajoute. A force d’essayer, le tableau de base n’est plus visible, même plus la signature.) Merde, merde ! Je vais me faire tuer. Bon, tant pis, on ne peut plus rien faire. Je laisse comme ça. Elle ne verra, peut-être, rien. C’était tellement moche son truc ! Je trouve que je l’ai plutôt amélioré. Bon, même si je suis une grande artiste, j’ai intérêt à nettoyer, je vais chercher de la lessive (Elle sort. Entrent les deux ouvriers qui vont accrocher le tableau assez haut, puis, ils sortent avec l’échelle. Elle revient avec de la lessive.)

Coquette : Merde, il est ou ? Je deviens folle ou quoi ? J’ai rien fumé aujourd’hui. (Elle cherche le tableau, puis le voit.) Ils ont accroché le tableau et ils ont emmené mon échelle, ces idiots ! Qu’est-ce que je fais ? Et Paul qui ne vient pas ! Tant pis, c’est pas moi, je me casse, ils ont qu’à se démerder. Tant pis pour Paul (Elle sort.)

 

Scène 2 :

(Entre un homme comme un visiteur. Il se promène et regarde les tableaux.)

Mr Demourtier : C’est fou, ça n’évolue pas d’un poil ici. La dernière fois, et c’était il y a longtemps, c’était déjà inintéressant. C’est pas que ce soit moche, mais il n’y a rien de spécial, d’accrocheur. Au moins, elle ne présente plus, ces sois disant, talents cachés qui ne faisaient que de la merde. C’est d’un classique à mourir ! Ho nom de dieu ! C’est particulier ! Pour le coup, c’est original ! Il faut que je le regarde mieux. Oui, étrange, naïf et profond. Sombre et… Plein de promesses. Etonnant, surtout ici. J’aime beaucoup. Un vrai changement. Je ne vois pas la signature du peintre. C’est bizarre. C’est étonnant. Pour une fois qu’elle en a un bon, il ne signe pas. Je repasserai avant le vernissage, ça vaut le coup pour une fois. Partons avant qu’on nous voit.

 

Scène 3 : 

(Il sort. Arrive Un jeune homme très « racaille ».)

Paul : Bonjour, Heu, il y a quelqu’un ? Quequette, t’es la ? Ho Quequette ? Putain, elle est ou ? Elle est trop chiante cette meuf. Elle me gave, mortel ! Relou à donf ! J’avais tout préparé pour nous deux. Ca allait le faire, mes vieux barrés, les pizzas prêtes. J’ai sorti le service en argent de ma mère. Elle me tue si elle le sait. J’ai même sorti de l’alcool pour les préliminaires. C’est n’importe nawak ! Elle est ou ? J’avais déjà fais le mytho. Musique d’ambiance. J’ai préparé du Asdès, ensuite, tranquillou, je lui sorts un panaché. J’ai trouvé que ça dans la cave de mes vieux. Après je lui faisais le grand jeu. Tu sais que t’as de beaux yeux toi ? Viens, petite, dans les bras de Moustique, je vais te faire voir la lune. (Il mime une embrassade très chaude. Arrive derrière lui, Nadine, les bras chargés de mille trucs bizarres (ou des tableaux).

Nadine : Bonjour, je peux vous aider ?

Paul (Surpris) : Haaaa ! Ho, zyva, comment j’ai eu la trouille ! C’est qui cette meuf ?

Nadine : Oui, désolé, la sonnerie de l’entrée est cassée. Vous faites quoi ici ?

Paul : Non, je… Je cherchais mon paquet.

Nadine : Votre paquet ? Ha bon ! Et vous êtes ?

Paul : Ben, heu, le livreur, bien sûr.

Nadine : Et vous livrez quoi, à qui et ou ?

Paul : Oulla, doucement, m’dame. Un truc après l’autre sinon, c’est trop relou.

Nadine : Ok, vous êtes qui ?

Paul : Ca, je vous ai déjà dis : Le livreur.

Nadine : Vous livrez quoi ?

Paul : Ben, le paquet, là ? (En montrant un paquet imaginaire entre ses mains.)

Nadine : Le paquet, là ? Bien sûr. Et vous le livrez à qui ?

Paul : A la galerie.

Nadine : Quelle galerie ?

Paul : C’est pas une galerie ici ?

Nadine : Si, bien sûr, vous cherchez une galerie de quoi ?

Paul : Zy va, Le bouffon, celle-là. J’en sais rien m’dame. On m’a dit, livre ça à la galerie, c’est tout.

Nadine : Je vous demande ça parce que, dans la rue, il n’y a pas moins de trois galeries ? Peinture, sculpture et photos.

Paul : Ho Trop la class ! Ben, moi, c’est chez vous, enfin, je crois, non, mais, je me suis gouré, ouaip, c’est ça, je me suis planté, c’est tout. Escusez le dérangement, m’dame…

Nadine : Ho mon dieu, c’est quoi ça ? (Elle pousse Paul vers le tableau qu’elle vient de remarquer.) Qu’est-ce que c’est ça ? Coquette ! Ou es-tu Coquette ? Non, vous, vous restez là tant que cette histoire n’est pas éclaircie.

Paul : Ho, m’dame, j’ai rien fais, moi, je venais juste livrer un paquet, ho zy va, c’est un truc de ouf, ça ! Je rentre chez moi !

Nadine : Je vous ai dis de ne pas bouger d’ici, c’est clair ?

Paul : Heu, heu, heu, Oui m’dame.

Nadine (sortant en coulisse) : Coquette, tu es ou, montres toi, petite sa… Petite peste.

Paul (resté tout seul) : Ho putain, sa race ! Ca, c’est la reum à Quequette, enfin sa belle-mère. Elle m’a dit qu’elle est vénère tout le temps, mais là, elle est à donf. C’est relou, ce truc, si je me casse, je peux mettre une croix sur Quequette, si je reste, je vais lui dire quoi ? J’voulais pas la rencontrer, cette meuf, elle est trop craignos. Déjà, pas lui dire que je suis le co… Enfin pour le moment, un copain de Quequette. Bon, je fais quoi, moi ? (Il va vers le tableau.) C’est quoi ce machin ? Y z’ont raté leur truc, les peintres ! Zyva, trop craignos ! Y z’ont foutu des taches de peinture contre le mur et z’ont même pas bien nettoyé. Normal, que la vieille, elle pète les plombs. Ho, putain, c’est pas le mur ! C’est accroché. Z’ont fait ésprès ! Non, le mur, il est clean.

Nadine (Qui revient) : Que faites-vous ?

Paul : Rien m’dame, je regardais le… Le… C’est un tableau ?

Nadine : C’était un tableau. Dites-moi ou est mon tableau ? Vous étiez là, dites-moi qui a pu échanger les tableaux ? Quel… Ho mon dieu, c’est horrible. Un tel chef d’œuvre disparu, il est détruit, c’est l’art tout entier qui est en deuil. C’est une tragédie !

Paul : Mais m’dame, quelqu’un s’est, peut-être, trompé, l’autre tableau, il est, peut-être, pas loin

Nadine : Oui, , alors, qui a remplacé ma toile par cette, cette chose ?

Paul : C’est une toile, ça ?

Nadine : Oui, et pas n’importe quoi ! Ca s’appelle une œuvre, l’œuvre d’un artiste qui s’est trituré les méninges, qui a souffert, qui a donné sa sueur pour la création, pour l’art. Tout ça pour qu’un sauvage, un inculte, un moins que rien vienne massacrer tout cela. Je dois retrouver Coquette pour savoir ce qu’il s’est passé. Je vais essayer de la retrouver pour savoir ce qui s’est passé. Vous, vous surveillez la galerie.

Paul : Mais m’dame, moi, je dois…

Nadine : Vous devez quoi ?

Paul : Ben, heu, continuer mon travail.

Nadine : Vous êtes louche, mon jeune ami, pour un livreur qui ne livre rien et ne sait pas ou il doit livrer. Alors, vous restez ici, c’est clair ?

Paul : Oui, m’dame.

(Nadine sort.)

 

Scène 4 :

(Paul reste seul, dubitatif devant le tableau. Coquette passe la tête depuis la réserve.)

Coquette : Paulo, ho Paulo, je suis là.

Paul : Ho putain, Quequette, t’étais ou ? Y a ta reum qui vient de se casser te chercher. Elle est vénère à cause du tableau. Elle m’a dit de rester là, surveiller le bazar. C’est la zone totale, ici ! Zyva, elle est barrée la vieille ! Bon, si t’es la, je me casse, c’est trop la zone chez toi.

Coquette : Attends, Paulo, faut que tu m’aides.

Paul : Ho, merde, Quequette, c’est quoi le blème, encore ?

Coquette : Faut que je nettoie ça.

Paul : Non, c’est toi, le tableau ? Putain, c’est trop un truc de ouf. T’as mis l’autre ou ?

Coquette : Mais, il n’y a pas d’autre tableau, j’ai juste reversé un peu de peinture sur ce truc.

Paul : Le tableau de ta reum, il est dessous ? Les méninges, la sueur et tout le truc, c’est là-dessous ?

Coquette : Oui, c’est juste la peinture de la déco qui a coulé, avec de la lessive, ça part.

Paul : T’es sûr ?

Coquette : Mais oui, c’est moi qui l’es mis !

Paul : Ho, pourquoi t’as fais ça, Quequette ? C’est pas cool !

Coquette : J’ai dérapé, Paulo, juste dérapé avec mon pot. Viens, on a, peut-être, le temps de nettoyer et de rattraper ça.

Paul : Ho, Quequette, moi, j’y suis pour rien là-dedans.

Coquette : Ok, Paulo, je vais me débrouiller seule, pas de soucis. Tchao ! (Elle sort)

Paul : Attends, Quequette ! Putain les meufs, elles sont compliquées, mais alors, celle-là, trop un truc de ouf. Adieu, ma soirée pizzas ! Mes panachés ! Ho Quequette, attends je viens t’aider, c’est cool ! (Il sort.)

 

Scène 5 :

(Arrive un homme très chic.)

Bernard : Tiens, la sonnerie ne marche plus. Coucou, tout le monde, c’est moi, c’est Papa ! Coquette, t’es là ? Ils sont ou tous ? Tiens, c’est nouveau, ça ! Hé, c’est plutôt pas mal ! C’est le nouveau tableau de Nadine ? Pas possible ! Après plus de trois de merde, elle me trouve un artiste ! C’est même vachement bien. Bravo, ma Nadine, j’ai bien fais de ne pas désespérer de toi !

Mr Demourtier (qui entre) : Mon cher Bernard…

Bernard : Ho mon dieu. Vous m’avez fait peur

Mr Demourtier : Je suis désolé, Bernard.

Bernard : Pas de mal, c’est la sonnerie de l’entrée qui est cassée.

Mr Demourtier : Encore désolé, mais je venais revoir le chef d’œuvre de votre galerie.

Bernard : Revoir ?

Mr Demourtier : Oui, revoir, je suis passé tout à l’heure, jeter un coup d’œil, par curiosité et je suis tombé sur ce tableau incroyable.

Bernard : Nadine était là ?

Mr Demourtier : Non, il n’y avait personne.

Bernard : Tant mieux.

Mr Demourtier : Pardon, mon cher ?

Bernard : Non, non rien.

Mr Demourtier : Je repassais, donc, avoir des renseignements sur votre chef d’œuvre même pas signé.

Bernard : Pas signé ? Vous vous moquez, Jacques. Mais, nom de dieu, mon vieux, vous avez raison. D’où elle sort ce truc incroyable. Un mec fait un tableau superbe, elle le ramène et ça fait des années qu’elle ne me ramène que des merdes. Si, si, Jacques, ne faites pas votre hypocrite, elle ne m’a trouvé que des petits trous du cul qui ne faisaient que de la merde.

Mr Demourtier : Si vous le dites !

Bernard : Et, là, elle arrive à me ramener un tableau superbe, mais pas signé.

Demourtier : Attendez, Bernard, ne vous énervez pas, je suis venu avec, peut-être, une solution. J’ai vu Tarcunou.

Bernard : Tarcunou, de la galerie Tarcunou sur les champs ?

Mr Demourtier : Oui, je lui ai parlé de votre toile, elle semble intéressée. Elle va passer la voir dès qu’elle a un moment. Il est tenté. Vous savez ce que ça veut dire pour vous et votre galerie.

Bernard : Oui, bien sur que je le sais. Merci mon vieux. Mais pourquoi, vous faites ça ?

Mr Demourtier : L’art, mon cher Bernard, l’art avant tout. Cette peinture est juste incroyable. Quel talent ! Et je suis redevable envers Madame. Je l’ai un peu malmenée, il y a quelques temps.

Bernard : Soyons objectif, Jacques. Elle l’avait bien cherché et quelqu’un lui a enfin dit à quel point, elle fait chier son monde, Ceci dit, entre nous.

Mr Demourtier : Bien sur, mon vieux, bien sur. Bon je file. On se reverra bientôt.

Bernard : Ok, Jacques et merci encore. Je vais filer aussi. Je vais chercher Nadine, c’est étonnant qu’elle ne soit pas ici.

(Ils sortent tout les deux.)

 

Scène 6 :

(Reviennent Coquette et Paul avec un seau.)

Coquette :Heureusement que personne n’est venu

Paul : Ha bon ?

Coquette : ben oui, on aurait entendu la sonnerie de l’entrée.

Paul : Dépêche avant que ta reum, elle revienne.

Coquette : Ho Paulo, t’étais pas obligé de rester. J’aurais pu le faire toute seule.

Paulo : Ouaip, ouaip, et ensuite makach walou !

Coquette : Quoi ?

Paulo : Rien, rien, donne ton éponge, on va nettoyer ça.

(Ils nettoient la toile avec deux éponges et petit à petit, le tableau d’origine revient. Ils éliminent toute trace de peinture et on retrouve la croute d’origine.)

Coquette : Voilà, c’est bon, non ?

Paul : C’est nickel. Et, donc, ça, c’est une ouvre d’art ?

Coquette : Il parait.

Paul : Il y a trois points noirs au milieu, c’est tout.

Coquette : C’est l’art de ma belle mère. Bon, rangeons le seau comme ça, nous, on ne sait pas ce qu’il s’est passé.

(Ils sortent.)

 

Scène 7 :

 (Revient Nadine.)

Nadine : Je n’arrive pas à trouver Coquette. Je suis sûr qu’elle n’est pas innocente dans cette tragédie. Bon, je fais quoi avec ça, maint… Lais, il s’est passé quoi, là ? C’est mon tableau ! Tout beau, tout neuf. Il est revenu, miracle. Ma petite merveille est là devant moi, toute belle. Bon, je peux appeler Ducasson (Elle va au téléphone) Mais je me demande tout de même ce qui s’est passé. Qui a fais ça ? Pourquoi ? Et, surtout, comment ? Enfin, il est là, c’est l’essentiel ! Allo ? Oui, mon cher Philibert, c’est Nadine, oui, de la galerie, oui, c’est ça ! Mon cher ami, j’ai une merveille à vous présenter. Oui, tout nouveau. Totalement inconnu… Fantastique ! Quand vous voulez. Je suis à votre disposition. Merci, à bientôt, mon cher (Elle raccroche. Entre Coquette et Paul avec la peinture verte.)

Coquette : Je ne l’ai pas entendue entrer, elle a fait comment ?

Nadine :Ha, tu es là, toi ? Tu étais fourrée ou ?

Coquette : J’ai dû faire une course urgente pour Papa.

Nadine : Une course pour ton père, ha bon ? Enfin, ce n’est pas grave… Vous êtes encore là, vous ?

Paul : Oui, M’dame, vous m’avez demandé de rester là, alors, je suis resté là !

Nadine : oui, attendez, là de suite, vous étiez ou ?

Coquette : Il m’a aidé dans la réserve.

Nadine : Dans la réserve ? Ha bon ? Qu’est-ce qu’un livreur qui ne livre rien fait dans la réserve avec ma belle-fille ?

Coquette : Il m’a aidé à préparer ma peinture. Comme il attendait bêtement, je lui ai demandé de l’aide. Autant qu’il se rende utile, non ?

Nadine : Ouaip, admettons. Tu sais ce qu’il s’est passé avec le tableau ? Il est revenu.

Coquette : Non du tout, pourquoi ?

Nadine : Parce que mon tableau est brusquement revenu tout seul, on dirait !

Coquette : Ha bon ? Non, je ne sais pas, je suis dans la peinture industrielle, moi. Mais, tant mieux, non ?

Nadine : Oui, oui, bien sûr, mais, dis-moi, la peinture qu’il y a avait sur ma toile, c’était le même vert, non ?

Coquette : Non, non, c’est impossible… Aie. (Paul lui met un coup de coude) Je ne sais pas de quoi tu parles, Nadine, Quelle peinture ? Moi, je n’étais pas là !

Paul : Non, M’dame, je me souviens, votre peinture, elle était bleu et rouge, oui, je m’en souviens bien, je trouvais ça plutôt moche. Oui, oui, du bleu et du rouge !

Nadine : Vous êtes sûr ? J’aurais juré, verte et jaune, moi ! Enfin bon, peu importe, tout est rentré dans l’ordre, maintenant. Tu peux finir ta peinture, Coquette, et fais attention à ma toile, c’est le clou du vernissage. Ducasson va passer la voir.

Coquette : Oui, oui, t’inquiète !

Nadine : Et vous, mon jeune ami, vous pouvez continuer à livrer vos paquets fantômes. Nous n’avons plus besoin de vous, je vous remercie. (Elle part dans la réserve.)

Coquette : T’es trop fort, mon Paulo, j’ai failli gaffer.

Paul : Ouaip, c’est cool, te casse pas, je gère ! (Elle lui fait un bisou.) Heu… Ouaip, bon, j’y vais, à bientôt. (Il sort.)

Coquette : Tiens, la sonnerie, je ne l’ai pas entendue, c’est vrai qu’elle est cassée.

(Coquette continue à peindre. Le téléphone sonne. Nadine revient répondre.)

Nadine : Bonjour, Galerie Rigala ? Ha c’est toi, mon chéri ? Tu l’as vu ? Ho merci, mon amour ! Tu es mon Polux. Je savais qu’on serait d’accord sur celui-là. Il est tellement sobre et clair ? C’est une révélation… Tu as une surprise... Pour le tableau ?… Ho mon chéri… Oui, j’ai hâte. Je t’attends. A tout de suite, mon Polux ! (Elle raccroche.) Tu vois, Coquette, ton père adore le tableau. (Le téléphone sonne à nouveau.) Allo ? Galerie Rigala ? Oui, c’est moi ! Ha très bien, j’arrive, merci. (Elle raccroche) Je vais vite chercher un paquet à la poste, je reviens. (Elle sort)

 

Scène 8 :

(Coquette continue à peindre sa déco. Bernard arrive.)

Bernard : Salut tout le monde.

Coquette : Haaaa. Tu m’as fait peur !

Bernard : désolé, ma Coco, c’est la sonnerie qui est cassée. Salut Coco, ça va, ma chérie ? Tu es seule ?

Coquette : Oui, Nadine est sortie deux minutes. T’as l’air en forme, toi !

Bernard : Oui, j’ai la patate. T’as vu le tableau de Nadine ? Sa bombe ? (Il n’a pas encore regardé le tableau)

Coquette : Ouaip, ouaip !

Bernard : Comment ça, ouaip, ouaip ? Il est génial, tout simplement ! C’est vrai qu’elle s’est souvent planté et a ramené des merdes, mais là, c’est vraiment super. C’est de la balle !

Coquette : Ouaip bon, moi, de toute façon, je ne suis pas une spécialiste.

Bernard : Tu l’as vu ? T’es pas enthousiaste ? Tu sais Coco, il va falloir te faire à elle. Elle a son caractère mais c’est ma compagne depuis longtemps maintenant. Tu es en âge de l’accepter.

Coquette : Ca n’a rien à voir ! Je trouve ce tableau moche, c’est tout. Mais moi, je ne suis qu’une peintre en bâtiment, alors…

Bernard (qui regarde, enfin, le tableau) : Ho putain, ho nom de dieu. Qu’est-ce que c’est que ça ? Coquette ?

Coquette (qui est à sa peinture.) : Ben j’ai bien le droit de donner mon avis, non ? C’est toujours moi qui me fait engueuler pour vos histoires, j’aime pas, j’aime pas, c’est tout ! Ca n’a rien à voir avec Nadine.

Bernard : je ne te parle pas de Nadine, mais de ça ! C’est quoi ?

Coquette (qui est descendu de son échelle) : Ben le tableau de Nadine qui est extra.

Bernard : Mais non, ça c’est une merde, une croute, du foutage de gueule, moi, je te parle du tableau qui pétait de couleur, une merveille dans les jaunes et verts. C’est quoi cette merde ?... A suivre