Vernissage

Vernissage :


Pièce satirique sur l’art contemporain

3 femmes et 4 hommes

 

Scène 1 :

(Une galerie de peinture. On prépare un vernissage. La directrice de la galerie, Nadine, amène un grand tableau. Coquette, sa belle-fille, est en train de peindre en vert, un élément de décor de la galerie. Elle est sur une échelle. Le grand tableau est blanc avec trois points noirs au milieu.  Il est porté par deux livreurs.)

Nadine : posez-le ici, on l’accrochera plus tard. C’est bien, faites doucement, c’est la pièce maitresse du vernissage.  N’allez pas me l’abimer ! Coquette, tu fais attention avec ta peinture ! Pas de tâches sur ce chef d’œuvre. Ha, rappelle-moi de faire réparer cette sonnerie d’entrée. Elle ne marche plus.

Coquette : Mais oui, Nadine, T’inquiète ! Tu me connais !

Nadine : Ben oui, justement ! J’insiste ! Avec ta peinture verte sur ce chef d’œuvre…

Coquette (qui descend voir le tableau) : C’est ça ton chef d’œuvre ? C’est un peu…

Nadine : Oui, ma chère ! C’est bon, je n’ai pas besoin de ton avis pictural. Reste dans le monocouche vert, ça ira très bien.

Coquette : Moi, ce que j’en disais ! Mais tu connais Papa !

Nadine : Quoi, ton père ? Qui est aussi mon mari, soit dit en passant.

Coquette : Ben, je peux déjà te dire qu’il n’aimera pas ! Ca finira par des engueulades entre vous, et je voulais t’éviter ça.

Nadine : Mais non, ma chère petite. D’abord, si tu ne t’en mêles pas, ça commencera, au moins bien. Ensuite, je suis la directrice de cette galerie et j’ai découvert assez de talents pour savoir que celui-ci sera très bon.

Coquette : Oui, et Papa finance la galerie et il devient fou chaque fois que tu lui amènes des croutes.

Nadine : Ecoute, ma chère belle fille, je crois qu’en matière…

Coquette : Mais, ne te fâche pas ! Je disais juste ça comme ça.

Nadine : Mais, je ne me fâche pas du tout.

Coquette : Si ! Quand tu m’appelle « Ma chère belle fille » c’est que je te gonfle.

Nadine : Mais non, pas du tout, Et cette expression « Je te gonfle » ! Je disais simplement, qu’en matière d’art, j’ai un avis un peu plus affuté que le tien, c’est tout.

Coquette : Oui, c’est vrai, il est tellement affuté qu’il met en colère mon père à chaque fois. Vous n’avez pas les mêmes gouts. Si, si, et les siens sont très rentables.

Nadine : C’est absolument faux. Mon gout est très sûr.

Coquette : Il y a combien de temps que tu n’as plus ramené un artiste qui a marché ?

Nadine : Mais je ne sais pas, je ne compte pas.

Coquette : Moi, je peux te le dire : Trois ans, Papa a compté. Trois ans que c’est lui qui a le nez creux et qu’il est le seul.

Nadine : Bon, écoute, cette discussion est très enrichissante, mais j’ai du boulot et toi aussi, me semble-t-il ! (Le téléphone sonne) Allo ? Bonjour, Galerie Rigala ? Oui, mon chéri ! Tu rentres quand ? Ha bon ? Je dois te montrer mon dernier trésor… Si, mon chéri, tu adoreras… Mais si, mon Polux, j’ai bien fait attention à ce qu’il nous plaise à tous les deux… Mais oui. Je suis emballée, tu vas adorer… Coquette ? Oui, bien sûr, elle est en train d’essayer de peindre le … Quoi ? Mais oui, bien sûr qu’elle aime (Tout doucement) Oui, je te dis qu’elle aime bien. Je suis très claire, j’ai dis : elle aime bien, voilà ! T’es sourd ou quoi ? Bon, j’appelle Ducasson pour lui montrer le chef d’œuvre…. Ho Bernard ! Tu exagères ! Ducasson est de très bon gout. Son avis fait loi… Mais si… Non, il est très écouté ! Non, ce personnage abominable, je ne veux pas le voir. Ce Demourtier est un rustre qui ne connait rien à la peinture. Il m’a insulté la dernière fois. Non, non et non, j’appelle Ducasson. Oui, bien, tant pis, c’est lui qui viendra. Je te laisse, à tout à l’heure !, oui, oui, bises. (Elle raccroche) Un couille-molle, ton père a de ces expression !

Coquette : Oui mais il a raison ! C’est pas un critique d’art ou plutôt, c’en était un avant ma naissance, maintenant, son problème, c’est qu’il ne voit même plus les tableaux.

Nadine : Oui bon ! Termine ton travail, je dois filer et, surtout, fais attention à ce tableau ! Dis aux livreurs de l’accrocher ici.

Coquette : Ok, Nadine, je transmets.

(Nadine sort. Coquette continue son travail. Le téléphone sonne et, en essayant de prendre le téléphone, elle verse e la peinture sur le tableau. Elle descend de l’échelle, passe sans rien voir devant le tableau, décroche le téléphone. Trop tard !)

Coquette : Allo ? Allo ? Bon tant pis. (Elle voit le désastre) Ho merde, la boulette ! Elle va me tuer ! Vite avant qu’elle ne revienne. En plus, il y a Paul qui doit venir me chercher. Je suis trop à la bourre.  (Elle cherche un chiffon et essaye d’essuyer la tâche, mais elle a pris un chiffon plein d’une autre couleur et en rajoute. A force d’essayer, le tableau de base n’est plus visible, même plus la signature.) Merde, merde ! Je vais me faire tuer. Bon, tant pis, on ne peut plus rien faire. Je laisse comme ça. Elle ne verra, peut-être, rien. C’était tellement moche son truc ! Je trouve que je l’ai plutôt amélioré. Bon, même si je suis une grande artiste, j’ai intérêt à nettoyer, je vais chercher de la lessive (Elle sort. Entrent les deux ouvriers qui vont accrocher le tableau assez haut, puis, ils sortent avec l’échelle. Elle revient avec de la lessive.)

Coquette : Merde, il est ou ? Je deviens folle ou quoi ? J’ai rien fumé aujourd’hui. (Elle cherche le tableau, puis le voit.) Ils ont accroché le tableau et ils ont emmené mon échelle, ces idiots ! Qu’est-ce que je fais ? Et Paul qui ne vient pas ! Tant pis, c’est pas moi, je me casse, ils ont qu’à se démerder. Tant pis pour Paul (Elle sort.)

 

Scène 2 :

(Entre un homme comme un visiteur. Il se promène et regarde les tableaux.)

Mr Demourtier : C’est fou, ça n’évolue pas d’un poil ici. La dernière fois, et c’était il y a longtemps, c’était déjà inintéressant. C’est pas que ce soit moche, mais il n’y a rien de spécial, d’accrocheur. Au moins, elle ne présente plus, ces sois disant, talents cachés qui ne faisaient que de la merde. C’est d’un classique à mourir ! Ho nom de dieu ! C’est particulier ! Pour le coup, c’est original ! Il faut que je le regarde mieux. Oui, étrange, naïf et profond. Sombre et… Plein de promesses. Etonnant, surtout ici. J’aime beaucoup. Un vrai changement. Je ne vois pas la signature du peintre. C’est bizarre. C’est étonnant. Pour une fois qu’elle en a un bon, il ne signe pas. Je repasserai avant le vernissage, ça vaut le coup pour une fois. Partons avant qu’on nous voit.

 

Scène 3 : 

(Il sort. Arrive Un jeune homme très « racaille ».)

Paul : Bonjour, Heu, il y a quelqu’un ? Quequette, t’es la ? Ho Quequette ? Putain, elle est ou ? Elle est trop chiante cette meuf. Elle me gave, mortel ! Relou à donf ! J’avais tout préparé pour nous deux. Ca allait le faire, mes vieux barrés, les pizzas prêtes. J’ai sorti le service en argent de ma mère. Elle me tue si elle le sait. J’ai même sorti de l’alcool pour les préliminaires. C’est n’importe nawak ! Elle est ou ? J’avais déjà fais le mytho. Musique d’ambiance. J’ai préparé du Asdès, ensuite, tranquillou, je lui sorts un panaché. J’ai trouvé que ça dans la cave de mes vieux. Après je lui faisais le grand jeu. Tu sais que t’as de beaux yeux toi ? Viens, petite, dans les bras de Moustique, je vais te faire voir la lune. (Il mime une embrassade très chaude. Arrive derrière lui, Nadine, les bras chargés de mille trucs bizarres (ou des tableaux).

Nadine : Bonjour, je peux vous aider ?

Paul (Surpris) : Haaaa ! Ho, zyva, comment j’ai eu la trouille ! C’est qui cette meuf ?

Nadine : Oui, désolé, la sonnerie de l’entrée est cassée. Vous faites quoi ici ?

Paul : Non, je… Je cherchais mon paquet.

Nadine : Votre paquet ? Ha bon ! Et vous êtes ?

Paul : Ben, heu, le livreur, bien sûr.

Nadine : Et vous livrez quoi, à qui et ou ?

Paul : Oulla, doucement, m’dame. Un truc après l’autre sinon, c’est trop relou.

Nadine : Ok, vous êtes qui ?

Paul : Ca, je vous ai déjà dis : Le livreur.

Nadine : Vous livrez quoi ?

Paul : Ben, le paquet, là ? (En montrant un paquet imaginaire entre ses mains.)

Nadine : Le paquet, là ? Bien sûr. Et vous le livrez à qui ?

Paul : A la galerie.

Nadine : Quelle galerie ?

Paul : C’est pas une galerie ici ?

Nadine : Si, bien sûr, vous cherchez une galerie de quoi ?

Paul : Zy va, Le bouffon, celle-là. J’en sais rien m’dame. On m’a dit, livre ça à la galerie, c’est tout.

Nadine : Je vous demande ça parce que, dans la rue, il n’y a pas moins de trois galeries ? Peinture, sculpture et photos.

Paul : Ho Trop la class ! Ben, moi, c’est chez vous, enfin, je crois, non, mais, je me suis gouré, ouaip, c’est ça, je me suis planté, c’est tout. Escusez le dérangement, m’dame…

Nadine : Ho mon dieu, c’est quoi ça ? (Elle pousse Paul vers le tableau qu’elle vient de remarquer.) Qu’est-ce que c’est ça ? Coquette ! Ou es-tu Coquette ? Non, vous, vous restez là tant que cette histoire n’est pas éclaircie.

Paul : Ho, m’dame, j’ai rien fais, moi, je venais juste livrer un paquet, ho zy va, c’est un truc de ouf, ça ! Je rentre chez moi !

Nadine : Je vous ai dis de ne pas bouger d’ici, c’est clair ?

Paul : Heu, heu, heu, Oui m’dame.

Nadine (sortant en coulisse) : Coquette, tu es ou, montres toi, petite sa… Petite peste.

Paul (resté tout seul) : Ho putain, sa race ! Ca, c’est la reum à Quequette, enfin sa belle-mère. Elle m’a dit qu’elle est vénère tout le temps, mais là, elle est à donf. C’est relou, ce truc, si je me casse, je peux mettre une croix sur Quequette, si je reste, je vais lui dire quoi ? J’voulais pas la rencontrer, cette meuf, elle est trop craignos. Déjà, pas lui dire que je suis le co… Enfin pour le moment, un copain de Quequette. Bon, je fais quoi, moi ? (Il va vers le tableau.) C’est quoi ce machin ? Y z’ont raté leur truc, les peintres ! Zyva, trop craignos ! Y z’ont foutu des taches de peinture contre le mur et z’ont même pas bien nettoyé. Normal, que la vieille, elle pète les plombs. Ho, putain, c’est pas le mur ! C’est accroché. Z’ont fait ésprès ! Non, le mur, il est clean.

Nadine (Qui revient) : Que faites-vous ?

Paul : Rien m’dame, je regardais le… Le… C’est un tableau ?

Nadine : C’était un tableau. Dites-moi ou est mon tableau ? Vous étiez là, dites-moi qui a pu échanger les tableaux ? Quel… Ho mon dieu, c’est horrible. Un tel chef d’œuvre disparu, il est détruit, c’est l’art tout entier qui est en deuil. C’est une tragédie !

Paul : Mais m’dame, quelqu’un s’est, peut-être, trompé, l’autre tableau, il est, peut-être, pas loin

Nadine : Oui, , alors, qui a remplacé ma toile par cette, cette chose ?

Paul : C’est une toile, ça ?

Nadine : Oui, et pas n’importe quoi ! Ca s’appelle une œuvre, l’œuvre d’un artiste qui s’est trituré les méninges, qui a souffert, qui a donné sa sueur pour la création, pour l’art. Tout ça pour qu’un sauvage, un inculte, un moins que rien vienne massacrer tout cela. Je dois retrouver Coquette pour savoir ce qu’il s’est passé. Je vais essayer de la retrouver pour savoir ce qui s’est passé. Vous, vous surveillez la galerie.

Paul : Mais m’dame, moi, je dois…

Nadine : Vous devez quoi ?

Paul : Ben, heu, continuer mon travail.

Nadine : Vous êtes louche, mon jeune ami, pour un livreur qui ne livre rien et ne sait pas ou il doit livrer. Alors, vous restez ici, c’est clair ?

Paul : Oui, m’dame.

(Nadine sort.)

 

Scène 4 :

(Paul reste seul, dubitatif devant le tableau. Coquette passe la tête depuis la réserve.)

Coquette : Paulo, ho Paulo, je suis là.

Paul : Ho putain, Quequette, t’étais ou ? Y a ta reum qui vient de se casser te chercher. Elle est vénère à cause du tableau. Elle m’a dit de rester là, surveiller le bazar. C’est la zone totale, ici ! Zyva, elle est barrée la vieille ! Bon, si t’es la, je me casse, c’est trop la zone chez toi.

Coquette : Attends, Paulo, faut que tu m’aides.

Paul : Ho, merde, Quequette, c’est quoi le blème, encore ?

Coquette : Faut que je nettoie ça.

Paul : Non, c’est toi, le tableau ? Putain, c’est trop un truc de ouf. T’as mis l’autre ou ?

Coquette : Mais, il n’y a pas d’autre tableau, j’ai juste reversé un peu de peinture sur ce truc.

Paul : Le tableau de ta reum, il est dessous ? Les méninges, la sueur et tout le truc, c’est là-dessous ?

Coquette : Oui, c’est juste la peinture de la déco qui a coulé, avec de la lessive, ça part.

Paul : T’es sûr ?

Coquette : Mais oui, c’est moi qui l’es mis !

Paul : Ho, pourquoi t’as fais ça, Quequette ? C’est pas cool !

Coquette : J’ai dérapé, Paulo, juste dérapé avec mon pot. Viens, on a, peut-être, le temps de nettoyer et de rattraper ça.

Paul : Ho, Quequette, moi, j’y suis pour rien là-dedans.

Coquette : Ok, Paulo, je vais me débrouiller seule, pas de soucis. Tchao ! (Elle sort)

Paul : Attends, Quequette ! Putain les meufs, elles sont compliquées, mais alors, celle-là, trop un truc de ouf. Adieu, ma soirée pizzas ! Mes panachés ! Ho Quequette, attends je viens t’aider, c’est cool ! (Il sort.)

 

Scène 5 :

(Arrive un homme très chic.)

Bernard : Tiens, la sonnerie ne marche plus. Coucou, tout le monde, c’est moi, c’est Papa ! Coquette, t’es là ? Ils sont ou tous ? Tiens, c’est nouveau, ça ! Hé, c’est plutôt pas mal ! C’est le nouveau tableau de Nadine ? Pas possible ! Après plus de trois de merde, elle me trouve un artiste ! C’est même vachement bien. Bravo, ma Nadine, j’ai bien fais de ne pas désespérer de toi !

Mr Demourtier (qui entre) : Mon cher Bernard…

Bernard : Ho mon dieu. Vous m’avez fait peur

Mr Demourtier : Je suis désolé, Bernard.

Bernard : Pas de mal, c’est la sonnerie de l’entrée qui est cassée.

Mr Demourtier : Encore désolé, mais je venais revoir le chef d’œuvre de votre galerie.

Bernard : Revoir ?

Mr Demourtier : Oui, revoir, je suis passé tout à l’heure, jeter un coup d’œil, par curiosité et je suis tombé sur ce tableau incroyable.

Bernard : Nadine était là ?

Mr Demourtier : Non, il n’y avait personne.

Bernard : Tant mieux.

Mr Demourtier : Pardon, mon cher ?

Bernard : Non, non rien.

Mr Demourtier : Je repassais, donc, avoir des renseignements sur votre chef d’œuvre même pas signé.

Bernard : Pas signé ? Vous vous moquez, Jacques. Mais, nom de dieu, mon vieux, vous avez raison. D’où elle sort ce truc incroyable. Un mec fait un tableau superbe, elle le ramène et ça fait des années qu’elle ne me ramène que des merdes. Si, si, Jacques, ne faites pas votre hypocrite, elle ne m’a trouvé que des petits trous du cul qui ne faisaient que de la merde.

Mr Demourtier : Si vous le dites !

Bernard : Et, là, elle arrive à me ramener un tableau superbe, mais pas signé.

Demourtier : Attendez, Bernard, ne vous énervez pas, je suis venu avec, peut-être, une solution. J’ai vu Tarcunou.

Bernard : Tarcunou, de la galerie Tarcunou sur les champs ?

Mr Demourtier : Oui, je lui ai parlé de votre toile, elle semble intéressée. Elle va passer la voir dès qu’elle a un moment. Il est tenté. Vous savez ce que ça veut dire pour vous et votre galerie.

Bernard : Oui, bien sur que je le sais. Merci mon vieux. Mais pourquoi, vous faites ça ?

Mr Demourtier : L’art, mon cher Bernard, l’art avant tout. Cette peinture est juste incroyable. Quel talent ! Et je suis redevable envers Madame. Je l’ai un peu malmenée, il y a quelques temps.

Bernard : Soyons objectif, Jacques. Elle l’avait bien cherché et quelqu’un lui a enfin dit à quel point, elle fait chier son monde, Ceci dit, entre nous.

Mr Demourtier : Bien sur, mon vieux, bien sur. Bon je file. On se reverra bientôt.

Bernard : Ok, Jacques et merci encore. Je vais filer aussi. Je vais chercher Nadine, c’est étonnant qu’elle ne soit pas ici.

(Ils sortent tout les deux.)

 

Scène 6 :

(Reviennent Coquette et Paul avec un seau.)

Coquette :Heureusement que personne n’est venu

Paul : Ha bon ?

Coquette : ben oui, on aurait entendu la sonnerie de l’entrée.

Paul : Dépêche avant que ta reum, elle revienne.

Coquette : Ho Paulo, t’étais pas obligé de rester. J’aurais pu le faire toute seule.

Paulo : Ouaip, ouaip, et ensuite makach walou !

Coquette : Quoi ?

Paulo : Rien, rien, donne ton éponge, on va nettoyer ça.

(Ils nettoient la toile avec deux éponges et petit à petit, le tableau d’origine revient. Ils éliminent toute trace de peinture et on retrouve la croute d’origine.)

Coquette : Voilà, c’est bon, non ?

Paul : C’est nickel. Et, donc, ça, c’est une ouvre d’art ?

Coquette : Il parait.

Paul : Il y a trois points noirs au milieu, c’est tout.

Coquette : C’est l’art de ma belle mère. Bon, rangeons le seau comme ça, nous, on ne sait pas ce qu’il s’est passé.

(Ils sortent.)

 

Scène 7 :

 (Revient Nadine.)

Nadine : Je n’arrive pas à trouver Coquette. Je suis sûr qu’elle n’est pas innocente dans cette tragédie. Bon, je fais quoi avec ça, maint… Lais, il s’est passé quoi, là ? C’est mon tableau ! Tout beau, tout neuf. Il est revenu, miracle. Ma petite merveille est là devant moi, toute belle. Bon, je peux appeler Ducasson (Elle va au téléphone) Mais je me demande tout de même ce qui s’est passé. Qui a fais ça ? Pourquoi ? Et, surtout, comment ? Enfin, il est là, c’est l’essentiel ! Allo ? Oui, mon cher Philibert, c’est Nadine, oui, de la galerie, oui, c’est ça ! Mon cher ami, j’ai une merveille à vous présenter. Oui, tout nouveau. Totalement inconnu… Fantastique ! Quand vous voulez. Je suis à votre disposition. Merci, à bientôt, mon cher (Elle raccroche. Entre Coquette et Paul avec la peinture verte.)

Coquette : Je ne l’ai pas entendue entrer, elle a fait comment ?

Nadine :Ha, tu es là, toi ? Tu étais fourrée ou ?

Coquette : J’ai dû faire une course urgente pour Papa.

Nadine : Une course pour ton père, ha bon ? Enfin, ce n’est pas grave… Vous êtes encore là, vous ?

Paul : Oui, M’dame, vous m’avez demandé de rester là, alors, je suis resté là !

Nadine : oui, attendez, là de suite, vous étiez ou ?

Coquette : Il m’a aidé dans la réserve.

Nadine : Dans la réserve ? Ha bon ? Qu’est-ce qu’un livreur qui ne livre rien fait dans la réserve avec ma belle-fille ?

Coquette : Il m’a aidé à préparer ma peinture. Comme il attendait bêtement, je lui ai demandé de l’aide. Autant qu’il se rende utile, non ?

Nadine : Ouaip, admettons. Tu sais ce qu’il s’est passé avec le tableau ? Il est revenu.

Coquette : Non du tout, pourquoi ?

Nadine : Parce que mon tableau est brusquement revenu tout seul, on dirait !

Coquette : Ha bon ? Non, je ne sais pas, je suis dans la peinture industrielle, moi. Mais, tant mieux, non ?

Nadine : Oui, oui, bien sûr, mais, dis-moi, la peinture qu’il y a avait sur ma toile, c’était le même vert, non ?

Coquette : Non, non, c’est impossible… Aie. (Paul lui met un coup de coude) Je ne sais pas de quoi tu parles, Nadine, Quelle peinture ? Moi, je n’étais pas là !

Paul : Non, M’dame, je me souviens, votre peinture, elle était bleu et rouge, oui, je m’en souviens bien, je trouvais ça plutôt moche. Oui, oui, du bleu et du rouge !

Nadine : Vous êtes sûr ? J’aurais juré, verte et jaune, moi ! Enfin bon, peu importe, tout est rentré dans l’ordre, maintenant. Tu peux finir ta peinture, Coquette, et fais attention à ma toile, c’est le clou du vernissage. Ducasson va passer la voir.

Coquette : Oui, oui, t’inquiète !

Nadine : Et vous, mon jeune ami, vous pouvez continuer à livrer vos paquets fantômes. Nous n’avons plus besoin de vous, je vous remercie. (Elle part dans la réserve.)

Coquette : T’es trop fort, mon Paulo, j’ai failli gaffer.

Paul : Ouaip, c’est cool, te casse pas, je gère ! (Elle lui fait un bisou.) Heu… Ouaip, bon, j’y vais, à bientôt. (Il sort.)

Coquette : Tiens, la sonnerie, je ne l’ai pas entendue, c’est vrai qu’elle est cassée.

(Coquette continue à peindre. Le téléphone sonne. Nadine revient répondre.)

Nadine : Bonjour, Galerie Rigala ? Ha c’est toi, mon chéri ? Tu l’as vu ? Ho merci, mon amour ! Tu es mon Polux. Je savais qu’on serait d’accord sur celui-là. Il est tellement sobre et clair ? C’est une révélation… Tu as une surprise... Pour le tableau ?… Ho mon chéri… Oui, j’ai hâte. Je t’attends. A tout de suite, mon Polux ! (Elle raccroche.) Tu vois, Coquette, ton père adore le tableau. (Le téléphone sonne à nouveau.) Allo ? Galerie Rigala ? Oui, c’est moi ! Ha très bien, j’arrive, merci. (Elle raccroche) Je vais vite chercher un paquet à la poste, je reviens. (Elle sort)

 

Scène 8 :

(Coquette continue à peindre sa déco. Bernard arrive.)

Bernard : Salut tout le monde.

Coquette : Haaaa. Tu m’as fait peur !

Bernard : désolé, ma Coco, c’est la sonnerie qui est cassée. Salut Coco, ça va, ma chérie ? Tu es seule ?

Coquette : Oui, Nadine est sortie deux minutes. T’as l’air en forme, toi !

Bernard : Oui, j’ai la patate. T’as vu le tableau de Nadine ? Sa bombe ? (Il n’a pas encore regardé le tableau)

Coquette : Ouaip, ouaip !

Bernard : Comment ça, ouaip, ouaip ? Il est génial, tout simplement ! C’est vrai qu’elle s’est souvent planté et a ramené des merdes, mais là, c’est vraiment super. C’est de la balle !

Coquette : Ouaip bon, moi, de toute façon, je ne suis pas une spécialiste.

Bernard : Tu l’as vu ? T’es pas enthousiaste ? Tu sais Coco, il va falloir te faire à elle. Elle a son caractère mais c’est ma compagne depuis longtemps maintenant. Tu es en âge de l’accepter.

Coquette : Ca n’a rien à voir ! Je trouve ce tableau moche, c’est tout. Mais moi, je ne suis qu’une peintre en bâtiment, alors…

Bernard (qui regarde, enfin, le tableau) : Ho putain, ho nom de dieu. Qu’est-ce que c’est que ça ? Coquette ?

Coquette (qui est à sa peinture.) : Ben j’ai bien le droit de donner mon avis, non ? C’est toujours moi qui me fait engueuler pour vos histoires, j’aime pas, j’aime pas, c’est tout ! Ca n’a rien à voir avec Nadine.

Bernard : je ne te parle pas de Nadine, mais de ça ! C’est quoi ?

Coquette (qui est descendu de son échelle) : Ben le tableau de Nadine qui est extra.

Bernard : Mais non, ça c’est une merde, une croute, du foutage de gueule, moi, je te parle du tableau qui pétait de couleur, une merveille dans les jaunes et verts. C’est quoi cette merde ?

Coquette : Je ne sais pas de quoi tu parles, Papa. Le tableau de Nadine, c’est ça !

Bernard : Mais non, quoi, il y a une demi-heure, il y avait une belle toile ici. Tu l’as vu, non ?

Coquette : Non, Papa, je n’ai vu que celui-ci, mais je suis sorti tout à l’heure faire une course pour Nadine.

Bernard : Une course pour Nadine ? Ha bon ? Elle les fait toute seule d’habitude ! Enfin bon !

Coquette : Bref, je suis sorti un moment et j’ai, peut-être, raté un truc, je ne sais pas. T’es d’accord avec moi que ce tableau est pourri ?

Bernard : c’est la cata : Qu’est-ce qu’il s’est passé ? Ou a disparu cette toile ? Qui a mis cette croute a la place ? Coquette, tu es sure de n’avoir rien vu ? Dis-moi, ma puce, c’est important, capital même !

Coquette : Non, Papa, je ne suis au courant de rien. Mais, c’est pas si grave, tu vires cette croute et tu fais ton vernissage comme d’hab, avec les toiles de Nadine !

Bernard : C’est plus compliqué que ca, ma puce. Demortier est passé voir la toile et il a adoré.

Coquette : Celle-là ?

Bernard : Mais non, l’autre, celle qui a disparu. Et il a appelé Tarcunou. Elle veut passer voir la toile, elle est intéressée. Je vais lui montrer quoi, moi ? On est mort si elle vient pour rien, elle ne me le pardonnera jamais. Tu penses, une petite galerie comme nous, si mal réputée.

Coquette :Tarcunou, celle des champs ?

Bernard : Elle- même !

Coquette : Ha, quand même ! Mais, il avait quoi de spécial, ce tableau ?

Bernard : Lumineux, plein de couleurs, une innovation qui te prend aux tripes.

(Nadine arrive sur ces mots.)

Nadine : Je savais que tu aimerais ma nouvelle découverte. Il est beau, n’est-ce pas ?

Bernard : Tu tombes bien, toi ! C’est quoi cette merde ? Tu te fous de moi ?

Nadine : Mais, Bernard, je ne comprends plus rien, moi ! Au téléphone, tu me dis que tu adores ma toile, et maintenant, tu cries !

Bernard : Oui, j’aimais l’autre toile, pas celle-là. Nadine, il s’est passé quoi ici ? Je passe tout à l’heure et je découvre une très belle toile, je reviens et je trouve une croute à la place.

Nadine : Ce n’est pas une croute, c’est une œuvre d’art, Bernard !

Bernard : Une œuvre d’art ? Mais, tu es vraiment folle, si je demandais à Coquette de faire un truc, elle ferait mieux que ca !

Coquette : heu, papa, je ne veux pas…

Nadine : Non, Bernard, Pas Coquette, s’il te plait, pas Coquette !

Coquette : Oui, foutez-moi la paix, moi, je ne peints que les murs !

Bernard : Il faut retrouver l’autre tableau, Nadine. Il s’est passé quoi ? (Coquette s’éclipse, discrètement)

Nadine : J’en sais rien, mon Polux

Bernard : Ha, ne m’appelle pas Polux ! Pas maintenant ! Tu l’as vu, l’autre tableau, non ?

Nadine : Oui, je l’ai vu et je ne sais pas comment il a atterri ici, puis un moment après le mien est revenu.

Bernard : C’est toujours les meilleurs qui partent les premiers !

Nadine : J’ai demandé à Coquette qui était seule ici, elle ne sait rien. Mais elle dit qu’elle est sortie faire une course pour toi.

Bernard : Quoi ? Une course pour moi ? Mais jamais de la vie ! Elle m’a dit qu’elle avait fait une course pour toi !

Nadine :Ne me prends pas pour une imbécile, s’il te plait, Bernard ! Elle a fait cette course pour toi !

Bernard :Ne sois pas stupide, Nadine, Nadine ! Elle a fait cette course mystérieuse pour toi !

(Ils se regardent !)

Nadine et Bernard : Coquette ! (Ils sortent dans la réserve)

 

Scène 9 :

 (Arrive Ducasson, un vieux bonhomme. Il se promène dans la galerie et regarde les tableaux. Il s’arrête à peine devant « le tableau ». Il regarde les tableaux de tout près. Il semble presque aveugle. Il marmonne constamment. Nadine revient en parlant off à Bernard)

Nadine : Non, elle n’est pas dans la galerie, non plus. Elle s’est sauvée….Oh, Mr Ducasson, vous êtes là ! Comme je suis heureuse de vous voir. Comment allez-vous, mon cher ?

Ducasson : Mais très bien, ma chère Nadine, quand je suis chez vous ! Que de merveilles ici ! (Il essaie de lui faire le baisemain, mais, il la voit à peine.)

Nadine : Toujours aussi gentleman, cher ami.

Ducasson : Avec une femme comme vous, quel goujat ne le serait pas !

Bernard (En voix off) : C’est elle ? Elle est revenue ?

Nadine : Non, non, c’est rien. Continue à chercher dans la réserve.

Ducasson : C’est votre compagnon ? Cet horrible personnage !

Nadine : Mr Ducasson ! Pourquoi Bernard serait-il horrible ?

Ducasson : Chaque fois qu’il est présent, je ne suis plus tout seul avec vous à mon grand désespoir.

Nadine : Ho, vilain flatteur ! Alors ce tableau ?

Ducasson : Une merveille ! Superbe ! (Bernard arrive discrètement)

Nadine : Non, par là, c’est celui-là !

Ducasson : Oui, oui, vraiment superbe. Couver bien votre nouveau protégé, il est très talentueux. Quelle invention ! Presque aussi sublime que vous, ma chère.

Nadine : Allons, allons, Mr Ducasson ! A votre âge ! Ce n’est pas raisonnable.

Ducasson : Oui, je sais, mais vous êtes envoutante, ma chère, très chère amie !

Nadine : Vous êtes un coquin, Mr Ducasson. Si madame vous entendait !

Ducasson : Pas de risque, elle tricote à la maison et, de toute façon, elle est sourde comme un pot ! Et tellement fatigante ! Si vous saviez, ma chère ! Ma très chère !

Nadine : Elle doit, surtout, être très patiente avec vous, très cher. Vous parlerez de mon tableau, cher ami ?

Ducasson : Ho, mais bien sûr, comme chaque fois ; Ce fut un plaisir pour moi, ma tout belle. (Même manège pour le baisemain, puis, il sort.)

Bernard : Ha ça, pour un critique, c’est un critique !

Nadine : Ho, tu étais là ?

Bernard : Je n’aurais raté ça pour rien au monde. Je sais, enfin, pourquoi tu as toujours un bon papier de Ducasson. Parce que tu es dans les siens. Hé, la bave, là !

Nadine : Quelle bave ?

Bernard : Celle que tu as encore sur la main. Essuie-la !

Nadine : Bernard, ne sois pas odieux. Il est très gentil, c’est tout ! Et c’est toujours un bon critique.

Bernard : Tu rigoles ! Il ne voit même plus les tableaux, ce vieux débris ! Il bave devant toi, c’est tout ! Et ça, sans te voir ! Il est mirot au possible, c’est plus une cane blanche qu’il lui faut, mais un chien !

Nadine : Oui, bon d’accord, il est fatigué et il en pince un peu pour moi. Et alors ! Tu es jaloux, mon Polux !

Bernard : Non, j’espère juste que je n’ai pas de raison de l’être, c’est une vielle momie. Tu ne fais pas dans la nécrophilie ?

Nadine : Tu es stupide et vulgaire. En attendant, il me fait des très bons papiers.

Bernard : Que plus personne ne lit. Il n’a plus aucun crédit. Mais bon, ainsi va la vie. L’important, c’est de retrouver le tableau, c’est vital.

Nadine : Mais, on a celui-là, Bernard. Je te promets qu’il est vraiment bien. Il plait à Ducas…

Bernard : Mais, tu vas comprendre que tout le monde s’en fout de ton tableau. Il faut retrouver l’autre, point barre !

Nadine : Mais pourquoi, est-ce si important ?

Bernard : Tu connais Tarcunou ?

Nadine : Des champs ? Oui, bien sûr ! Enfin de nom car nous n’avons pas les même valeurs. Et quel est le rapport ?

Bernard : Elle vient, tout à l’heure, voir la toile.

Nadine : Tarcunou ? Des champs ? Tout à l’heure ? Voir mon tableau ?

Bernard : Non pas ça ! L’autre, la toile, le beau tableau qui a disparu, qui n’est plus là et qu’elle vient voir dans un moment, peut-être, même tout de suite, là maintenant, elle va entrer dans mon désespoir !

Nadine : Mais, il faut le retrouver cette mer… Ce… cette merveille. Si Tarcunou s’y intéresse, tu imagines les retombées. Bernard, il faut trouver cette toile, absolument. Au secours, ou est ce tableau ? Pourtant, celui-là, moi, je l’adore !

Bernard : Je pense qu’il faut d’abord retrouver Coquette, elle sait quelque chose, c’est sur. Tu sais ou elle peut être ?

Nadine : Ha non, Bernard, c’est ta fille !

Bernard : Bon, viens, on va la chercher (Ils sortent)

 

Scène 10 :

(Coquette sort de la réserve.)

Coquette : J’ai eu chaud ! Quelle histoire ! D’abord je fais du cacaboudin sur une toile, enfin une toile ! Cette chose ! Heureusement, je ne me fais pas capter. En moins de cinq minutes, tout le monde voit le cacaboudin, je ne sais pas comment ! Ca rend ma belle-mère folle. C’est normal, elle n’a jamais rien compris à l’art ! D’autres pensent que c’est un vrai tableau ! Mon cacaboudin ! T’imagine ! Le trouvent même beau et le veulent. Moi, je viens nettoyer mes conneries, normal, non ? Je nettoie, j’efface, je détruits, peut-être, une vraie œuvre d’art. Putain ! J’ai, peut-être, fais un chef d’œuvre qui valait des millions ! Paulo, t’entends ? Paulo, T’es ou ?

Paul (qui sort la tête de la réserve) : Oui, je t’entends, pas si fort ! On est seul ? Je peux me pointer ?

Coquette : Oui, c’est bon. Y sont partis, viens ! T’as entendu ? On a, peut-être, bousillé un chef d’œuvre qui valait des millions ! On est des nettoyeurs ! Comme dans Léon, de besson !

Paul : Qui ça ?

Coquette : Besson, le grand bleu ! Laisse tomber ! J’essayais de faire de l’humour pour nous remonter le moral, parce que là… Un chef d’œuvre mort à cause de nous.

Paul : A cause de nous, à cause de nous ! Moi, j’ai, juste, fais ce que tu m’as demandé !

Coquette : Sympa, la solidarité ! Mais, tu sais, je peux me débrouiller toute seule. Tu peux te casser, pas de problèmes ! Je vais gérer le massacre du chef d’œuvre toute seule.

Paul : Mais non, c’est cool, Quequette, je suis là, je déconnais, ce que t’es pas cool, des fois ! Le chef d’œuvre, c’est le truc blanc avec les points ? Et ça vaut des millions ?

Coquette : Tu le fais exprès ou quoi ? Ma toile, enfin, le… le cacaboudin que j’ai fais sur la toile de merde, c’était, peut-être, un chef d’œuvre.

Paul : Ha ouaip ? J’me disais aussi, ce truc avec ses points noirs, là, un chef d’œuvre ! Bon, les points sont bien faits, très rond, il a pas dépassé le mec ! Et alors, c’est quoi qui vaut des millions ?

Coquette : Ce que je t’ai expliqué sur ma bourde, la peinture renversée, si ça se trouve, ça valait des millions. J’ai failli devenir une artiste.

Paul : Tant que ça ? T’as, quand même, juste fais tomber de la peinture à l’eau sur une toile blanche et t’as essayé de l’effacer. C’est tout !

Coquette : Oui, c’est, peut-être, un peu beaucoup. Mais, ça te montre à quel point, ils sont cons, les mecs qui décrètent qu’un tableau, c’est de l’art ! Il y a même des mecs qui paient cher pour des conneries comme ça.

Paul : Refais-le !

Coquette : Quoi ?

Paul : Refais ton tableau, c’est tout.

Coquette : Comment tu veux que je le refasse ?

Paul : Balance la peinture dessus comme l’autre fois.

Coquette : J’ai même pas vu la peinture tomber dessus.

Paul : Zyva, tu fais des essais ! Tu rebalances de la peinture dessus et basta. On verra bien.

Coquette : Ok, je vais essayer ! Mais, j’ai pas de toile.

Paul : Quelle toile ?

Coquette : Sur quoi je fais les essais, sur quelle toile ?

Paul : Ben, la même !

Coquette : t’es ouf ou quoi ? Je vais, encore, me faire descendre par tout le monde ! Je suis assez dans la merde !

Paul : Ben, là, tu risques plus grand-chose !

 Coquette : Ouaip, de toute façon, on a rien d’autre. Je vais essayer.

(Elle sort)

 

 

 

Scène 11 :

 (Bernard entre.)

Bernard : Bonjour,

Paul : Ho zyva, comme il m’a foutue la trouille, çui-la, c’est une habitude ici ?

Bernard : Pardon ?

Paul : Non, rien, j’ai, juste, heu, je vous ai pas entendu venir. Vous êtes qui ?

Bernard : le propriétaire du lieu. Et, vous, vous êtes qui ?

Paul : Heu, moi, m’sieur, je suis… Le livreur.

Bernard : Ha bon, et vous nous livrez quoi ?

Paul : Rien, m’sieur !

Bernard : Vous ne livrez rien ? Vous faites quoi ici ?

Paul : Ben, je, comment dire ?

(Arrive Coquette de la réserve.)

Coquette : Paulo, regarde, j’ai tout ! Heu… Je ne l’ai pas vu venir ! Putain de sonnette ! Salut P’pa, ça va ?

Bernard : Ha Coquette, depuis le temps que je te cherche ! Tu connais ce garçon ?

 

Scène 12 :

(Entre, sans qu’on les ait entendus, Mr Demourtier et Mlle Tarcunou)

Demourtier : Ha ! Mon cher Bernard, heureux de vous revoir, je vous présente Mlle Tarcunou.

Bernard (à part) : Ca y est, on est vraiment dans la merde ! Bonjour, Chère Madame, j’ai, tellement, entendu parler de vous, c’est un vrai plaisir !

Mlle Tarcunou : Bonjour, mon cher Bernard, vous permettez que je vous appelle Bernard ?

Bernard : mais, voyons donc, chère mademoiselle Tarcunou, avec plaisir.

Tarcunou : Elisabeth, s’il vous plait, Elisabeth !

Demourtier : Bernard, je ne vois plus notre toile. Vous en avez fait quoi ? Elle était juste à la place de… Ce… Cette chose, là ! Vous ne l’avez pas remplacée par celle-ci, tout de même ?

Bernard : Non, non, pas de soucis. Celle-ci est, disons, là, par hasard, elle repart dès que possible. C’est un… Copain… De… Nadine qui nous a demandé de lui stocker un moment, il fait des essais, pas toujours réussis, mais bon !

Elisabeth : Bon alors, mon cher Bernard, elle est où, cette merveille ? Il me tarde de la voir.

Bernard : Oui, bien sûr, je comprends… Elle est… (A part), Si seulement, je savais ou elle est cette foutue toile. (Il voit Paul.)

Demourtier : Un problème, Bernard ?

Bernard : Mais non, du tout, qu’allez-vous imaginer ! Au contraire, vous tombez bien ! Permettez-moi de vous présenter l’heureux créateur de cette merveille et sa sœur ! (Il montre Paul et Coquette qui ne comprennent pas ce qui se passe)

Elisabeth : Ha bonjour, mon jeune ami, alors, ou peut-on voir ce fameux tableau ?

Paul : Le tableau ! Quel tableau ? Ho, y sont tous trop relou, ici ! Je vais me casser de cette casbah, moi !

Coquette : Ben oui, ton tableau ! Celui que tu as peint et qu’on a amené ici, hier ! Dans les verts et jaunes !

Paul : Ouèche ! Je fais des tableaux maintenant ! Ils sont tous ouf là dedans !

Coquette : Paul, arrête de déconner, ces gens veulent voir ton tableau.

Paul : Il est ouf ton daron ! J’ai pas de tableau, moi ! Même pas pour dessiner !

Coquette : Paul, Je suis ta sœur, tu te souviens, quand même, que je suis ta sœur ?

Paul : Ma sœur ? Mon tableau ? (A part) Zyva, y sont tarés ici, l’autre, y croit que je suis un peintre, Quequette, elle me prend pour son frère ! C’est pas son frère que je veux être ! (Il regarde Coquette qui insiste du regard.) Ha oui ! Ton frère, le tableau ! Putain oui ! Tes potes, là, y ont deux de tension, si y vont croire ça ! Olala, la galère ! Heu, oui, m’dame, mon tableau, c’est clair. Je l’ai… Comment dire ? Il est… pas ici, quoi ! Je l’ai ramené…

Coquette : Il est, un peu, embrouillé, car il n’a pas l’habitude du succès.

Paul : Ouaip, c’est ça ! Je suis embrouillé total, là ! Olala le Bad trip ! Ils veulent que je fasse le mito ! Alors, le tableau… Quequette ! Tu l’as mis ou ?

Coquette : De quoi, tu parles ? Le tableau ? Mais, Paul, c’est toi qui…

Paul : Non, quand on la ramené, tu m’as dit que tu voulais le mettre, je sais pas ou.

Coquette : Je sais pas ou, moi non plus.

Bernard : Sûrement, en lieu sûr, non ?

Paul : Ouaip, c’est ça, tu l’as mis en lieu sûr. Et moi, je sais même pas ou c’est cet endroit, le lieu sûr.

Elisabeth : Alors, chère sœur du génie, ou est ce lieu sûr ?

(Arrive Nadine.)

Nadine : Ha, tout le monde est là. Coquette, il faut qu’on…

Bernard : Nadine, Nadine, Comme je suis content que tu sois là. Comme tu le vois, notre génie est là.

Nadine : Qui ça ? Quel génie ?

Bernard : Nadine, le peintre que tu as découvert, la toile superbe que ce garçon a fait.

Nadine : Lui ? Je croyais qu’il était livreur.

Elisabeth : Un livreur ?

Coquette : Oui, en quelque sorte. Il livre des tableaux. Madame a beaucoup d’humour.

Bernard : Oui, c’est vrai, il livre des tableaux, comme c’est drôle, Nadine ! Nadine !

Demourtier : Oui, manière originale et modeste de présenter un génie.

Nadine : Mr Demourtier, puis-je savoir ce que vous faites ici ? Il me semblait que ma galerie ne vous était plus…

Bernard : Nadine, Nadine, Mr Demourtier nous a amené Mlle Tarcunou pour voir la toile superbe de ce garçon. Peintre talentueux que tu as découvert.

Nadine : Mlle Tarcunou ! Quel plaisir ! Vous recevoir dans ma galerie est un honneur.

Tarcunou : C’est un plaisir partagé, ma chère amie, mon cher ami Demourtier m’a tellement parlé de cette toile qu’il fallait que je la vois de suite !

Demourtier : Une telle œuvre, c’est normal. Quel talent de découverte, chère amie !

Nadine : Mais, je ne vous ai pas salué, mon cher (Elle va vers lui et lui écrase la main et le pied.) Ho pardon, je suis maladroite.

Demourtier : Aïe, il n’y a pas de mal, ma chère.

Nadine : Alors, qu’en pensez-vous ?

Elisabeth : De ?

Nadine : Hé bien, ma foi, du tableau ! (Elle montre sa découverte à elle, qui est encore en place.)

Bernard : Nadine, Nadine, On parle du tableau de ce garçon, pas de cette croute que ton frère nous a laissé.

Nadine : Ce n’est pas une croute, moi, j’aime bien. Pas vous, ma chère ?

Elisabeth : Je vois que vous avez, vraiment, le sens de l’humour, c’est plaisant. Bon, ou est ce tableau, mademoiselle ?

Nadine : Pourquoi, vous demandez ça à Coquette ? Tu sais quelque chose, Coquette ?

Bernard : Nadine, Nadine, tu sais, bien sûr, que cette demoiselle est la sœur de ce garçon. Garçon qui a fait le tableau que tu as découvert. Cette demoiselle est sa sœur ! Cette jeune femme vient de nous dire qu’elle a mis le tableau en lieu sûr ! Que nous aimerions connaitre.

Nadine (Un temps de réflexion.) : Le livreur, c’est le frère de Coquette ? Mais alors, c’est ton fils, non ?

Bernard : Mais non, Nadine ! Nadine !  Je n’ai rien à voir là dedans. Ces jeunes gens sont frère et sœur, c’est tout ! Et je n’ai rien à voir dans leur famille, n’est-ce pas ? Tu vois !

Nadine : Oulala, Bernard ! Et tu crois qu’on va s’en sortir comme ça ? Mais oui, mais oui, ou avais-je la tête ? (A part) Le livreur qui ne livre rien est un peintre de génie et ta fille, qu’on cherche depuis deux heures est sa sœur. Tu n’as rien à voir dans leur famille. Tout cela est totalement logique. On est dans la merde !

Bernard : Nadine, Nadine, ne complique pas tout !

Nadine : Non, non, La, je ne vais pas pouvoir compliquer cela, encore, davantage, ce ne serait plus humain ! Bon alors, Chère sœur du génie, ou est la toile ? Ou est ce lieu sûr, ou se cache cette merveille ?

Bernard : Nadine ! Nadine ! Doucement, ces jeunes gens sont, un peu, surpris par tout cela, tous ces changements dans leur vie tranquille, ce talent, d’un coup, cette famille nouvelle, tout ça tout, ça ! On va, peut-être, les laisser, un peu, se retourner, non ?

Elisabeth : Je souhaite tout de même, voir ce tableau, mon cher Bernard.

Nadine : Mon cher Bernard, tiens donc !

Bernard : oui, tout à fait, ma chère Elisabeth

Nadine : Ma chère Elisabeth, tiens donc !

Bernard : Un jour, un jour très prochain même !

Elisabeth : Non, mon cher, de suite, je suis tellement impatiente.

Bernard : Ha bon ! Bien, pas de soucis, n’est-ce pas ! Nous allons demander à ces jeunes gens de nous rapporter cette merveille à la galerie, car c’est, tout de même, sa place ! Et, nous vous rappellerons !

Demourtier : Ha non, mon cher Bernard. Ne pouvons-nous pas aller de suite chez ces jeunes gens ?

Nadine : cela me semble difficile, Mr Demourtier.

Elisabeth : Ha bon, pourquoi ?

Nadine : Oui, Bernard, pourquoi est-ce si difficile ?

Bernard : Je ne sais pas, moi, c’est vrai, Chère mademoiselle, pourquoi, est-ce si difficile ?

Coquette : Qu’est-ce qui est difficile ?

Nadine : De sortir cette magnifique toile de son endroit sûr ! Ou est le problème ?

Coquette : Ben heu, j’en sais rien, moi ! Paulo, pourquoi c’est difficile ?

Paul (que tout le monde le regarde) : Ca y est, c’est pour ma gueule ! Putain, la Daouha. Dans quelle embrouille, je me suis foutu. D’où je vais le sortir, moi, leur tableau ? Y’me laissent tous dans la zone, là, pas cool ! Comme j’ai envie de m’arracher d’ici ! Heu, voilà, m’sieur dames, c’est trop galère chez nous, M’sieur, c’est, comment dire ?

Nadine : c’est trop petit, Mr Demourtier, trop petit, vous le comprenez ça, non ? Tiens, ce n’est pas difficile, ils y ont mis le tableau et il n’y a plus rien d’autre qui rentre dedans ! Voilà ! Vous ne voudriez pas abimer ce tableau en forçant leur porte pour rentrer, non ?

Demourtier : Non, non, bien sûr, ma chère, cela va sans dire. Mais, tout de même…

Nadine : Voilà, c’est ça, cela va sans dire.

Elisabeth : Ecoutez mon cher Bernard, vous allez bien trouver un moyen de récupérer ce tableau, n’est-ce pas ?

Nadine : Maaaiis oui, mon cheeeerr Bernard !

Bernard : Mais oui, mais oui, ma cher Elisabeth, nous allons retrouver ce tableau, mais laissez-moi un peu de temps !

Elisabeth : tout cela n’est pas grave. Voici ma carte avec mon portable, vous m’appelez dès que vous avez du neuf et je viens, j’accoure. Vous pouvez m’appeler à n’importe quelle heure, Bernard !

Nadine : Oui, bon, ça va aller, maintenant ! On a compris, on a votre portable. Et, je crois qu’il vaut mieux que je le garde, moi !  N’est-ce pas, mon cher Bernard ?

Elisabeth : Ne tardez pas à m’appeler, Bernard !

Nadine : mais non, il ne tardera pas, n’est-ce pas, Bernard ?

Bernard : Bien sûr, ma chère Elisabeth, je vous rappelle le plus vite possible.

Elisabeth : Alors, au revoir, mes chers ! Ce n’est qu’un au revoir, Bernard ! Vous venez Demourtier ?

Demourtier : J’arrive, ma chère Elisabeth. Bernard, dépêchez-vous de retrouver cette toile. Je me suis engagé pour vous.

Nadine : Mais ne vous inquiétez pas, mon cher, on va vous dégager ! Au revoir ! (Ils sortent.)

 

Scène 13 :

(Restent Nadine, Bernard, Coquette et Paul.) Bon, on fait quoi maintenant ?

Bernard : Comment ça, on fait quoi ?

Nadine : Ben avec le frère et la sœur qui doivent nous trouver un tableau qui a disparu. Cette histoire, Bernard est totalement insensée ! Qu’est-ce qui t’a pris d’inventer ça ?

Bernard : C’est venu comme ça, il fallait que je trouve quelque chose dans l’urgence. Ils étaient là, d’un coup devant moi. J’ai improvisé.

Nadine : Ha ça, pour de l’improvisation, c’est de l’improvisation ! Monsieur se crois à l’actors studio maintenant ? Bon, je repose ma question. Que fait-on ?

Paul : Bon, ben, m’sieur dames, moi, je vais y aller. Au revoir.

Coquette : Merci Paulo, c’était sympa !

Nadine : Mais non !

Coquette : Mais non, quoi ?

Nadine : Mais non, il ne peut pas partir !

Bernard : Non, Coquette, Nadine a raison, il ne peut pas nous laisser maintenant. Il est l’auteur du tableau.

Nadine : Et, tu es sa sœur. Nous avons besoin de vous deux !

Paul : Mais, m’dame, c’est que, moi…
Nadine : Ici ! Et jusqu’à ce que nous ayons une solution !

Coquette : Mais Papa, il n’a rien à voir dans tout ça !

Paul : Non, j’ai rien à voir dans tout ça, m’sieur !

Nadine : Mais si !

Coquette : Mais si, quoi ?

Nadine : Mais si, il doit rester !

Bernard : Si, Coquette, il doit rester, c’est le peintre.

Paul : Je sais même pas peindre !

Coquette : Mais, Papa…

Nadine : Justement, ton père l’a nommé génie de peinture, on n’a plus le choix, il reste, le génie !

Bernard : Bon, pour le moment, il faut retrouver ce tableau. Coquette, c’est toi qui étais tout le temps ici. Que s’est-il passé ?

Coquette : Rien, qu’est-ce qu’il devait se passer ?

Nadine : Coquette, nous devons savoir ce qu’il s’est passé ici !

Coquette : Pourquoi c’est toujours moi qui suis dans les coups fourrés ? J’en sais rien de ce qui s’est passé ici !

Bernard : Ces deux tableaux ont été échangés. Par qui et Pourquoi ? Tu étais sensé rester ici.

Coquette : oui, oui, bien sûr. Je suis restée ici !

Nadine : Tu m’as dis que tu es allée faire une course pour ton père.

Coquette : Moi ? J’ai dis ça ?

Nadine : Oui !

Coquette : C’est une erreur, tu auras mal compris. C’est tout !

Bernard : Et à moi, tu as dis que tu avais fait une course pour Nadine !

Coquette : Mais, c’est pas vrai, vous êtes bouché à l’émeri, tous les deux ! Je ne vous ai jamais dis ça !

Bernard et Nadine : SI !

Coquette : Oui, bon. Peut-être, avez-vous mal entendu, c’est tout ! Il faudra vous faire contrôler les oreilles !

Nadine : Tu es allé faire quelle course, exactement ? Coquette ?

Paul : Elle est venue faire une course pour moi M’dame, c’est moi qui lui ai demandé.

Nadine : Bon, admettons. Alors, ou est ce tableau si génial ? Qui est venu le prendre ici ?

Bernard : Je vais dire quoi à Elis… Mlle Tarcunou ?

Nadine : On s’occupera de cette pétasse plus tard. Il faut savoir ce qu’il s’est passé avec ce tableau !

Bernard : Nadine, tu es impossible. Tu as vu comme tu as reçu cette femme qui s’intéresse à notre galerie ?

Nadine : J’ai, surtout, vu qu’avant de voir un tableau, cette demoiselle a envie d’en voir de toutes les couleurs avec Monsieur !

Bernard : Nadine, Nadine, je t’en prie, un peu de tenue ! Cette femme risque de s’intéresser à nous et à notre galerie.

Nadine : Elle s’intéresse, surtout, à toi plutôt qu’à ce tableau !

Coquette : Bon, comme vous êtes occupés, on va y aller !

Bernard et Nadine : Non !

Coquette : on ne va pas rester là indéfiniment ! Il va bientôt faire nuit, on va bien aller se coucher, non ?

Nadine : On ira se coucher dès qu’on aura retrouvé ce tableau.

Coquette : Et si on ne le retrouve pas ?

Bernard : On n’a pas le choix, Coquette, on doit, absolument, le retrouver.

Coquette : Ben, on n’est pas couché.

Nadine : Bon, on cherche ou ?

Bernard : Je n’en ai pas la moindre idée.

Paul : Et si on vous en faisait un nouveau ?

Nadine : Ecoutez, jeune homme, vous êtes là parce que mon mari n’a pas eu de meilleure idée que vous décréter génie de la peinture, mais, s’il vous plait, ne vous prenez pas pour un artiste, merci !

Paul : Moi, je disais ça pour aider M’dame.

Nadine : On se passera de votre aide, monsieur le petit voyou !

Bernard : Enfin, Nadine, tu débloques !

Nadine : non, je suis sûr qu’il est dans le coup. Regarde son air ! C’est un petit voyou. Je pense même qu’il a volé ce tableau.

Paul : Zyva, la vieille, tu vas te détendre. J’ai rien volé. Je suis juste là parce que vous avez besoin de moi, c’est tout, alors me rends pas vener ou j’vais te calmer, la bouffonne.

Bernard : Nadine, calme-toi, ce garçon a raison, il est là parce qu’on a besoin de lui. On va tous aller se coucher et on reprend l’esprit calme demain matin. Viens, Nadine, on rentre se coucher. Tu es exténuée.

Nadine : C’est ce tableau qui disparait comme ça, ça me rend folle, Bernard, c’est pas possible, en plus, il est vraiment moche alors que le mien est si joli.

Bernard : Mais oui, mais oui, Nadine. Je rentre dormir avec Nadine.

Coquette : Je te rejoints de suite, je regarde avec Paulo comment on fait pour demain.

Noir

 

Scène 14 :

(Ambiance nocturne. Coquette et Paul sont dans la galerie. Il fait sombre. Ils ont des pots de peinture.)

Paul : Ok, on commence ?

Coquette : Pourquoi tu chuchotes ?

Paul : Je chuchote pas, je parle doucement, c'est tout !

Coquette : Ok, alors, pourquoi, tu parles doucement ?

Paul : Ben, heu, toi aussi, tu parles doucement. C'est que c'est vachement sombre ! C'est ambiance nocturne, quoi ! On est un peu comme des voleurs de grands chemins.

Coquette : Des bandits de grands chemins.

Paul : Ouaip aussi. Ca fait ambiance à la Dark Vador. Là, dans la nuit, toi et moi, tous seuls !

Coquette : Ouaip, a fait un peu flipper.

Paul : T'inquiète, Luck Skywalker est là avec son sabre laser, tu risques rien, Princesse Leila. (Un silence. Elle le regarde. Il est immobile en Jedi.) Ben, quoi ?

Coquette : Rien (Elle s'approche et l'embrasse) Mon Jedi de la nuit (Il reste incrédule) T'aimes pas ?

Paul : Heu non, enfin si, C'est pas ça, c'est que je voyais ça autrement.

Coquette : Ha, t'aimes pas, là, nous deux, dans la pénombre ?

Paul : Si, mais, normalement, c'est le mec qui commence, non ? Moi, c'est ce que j'ai appris dans mon quartier.

Coquette : Oui, peut-être, mais j'en avais envie et tu es long à la détente. C'est bien aussi comme ça, non ?

Paul : Ouaip, bon, Plus besoin de panaché et de pizzas !

Coquette : Quoi ?

Paul : Rien, rien. T'as raison, c'est bien comme ça. (Ils s'embrassent.)

Bernard (Qui arrive) : Ha, c'est pour ça que tu ne venais pas à la maison. (Il montre les pots de peinture) C'est quoi, tout ça ? Vous faites quoi, exactement ? T'a des fantasmes de sexualité dans la peinture ?

Coquette : Papa ! Ca va pas, non ? D'imaginer des trucs pareils ! T'es un pervers.

Bernard : Non, ma chérie, je suis ouvert ä la sexualité des autres, c'est tout ! Et, tu es en âge de vivre ta sexualité comme tu l'entends.

Coquette : Je ne suis pas une folle, ok !

Bernard : Ok, alors, vous faites quoi, avec tous ces pots ? Et le tableau de Nadine ? Ca mérite une explication, non ?

Paul : Ouaip, M'sieur, on va vous expliquer tout le truc. Mais, écoutez bien parce que c'est un truc de ouf. Moi, j'suis un pote à Quequette. J'suis passé la mater et j'suis tombé sur vot' meuf qui m'a fait flipper grave. Elle m'a foutu les boules, grave ! Alors, j'ai fais le mito. J'ai dis à sa reum que j'tais un livreur et Quequette, elle, elle a…

Bernard : Attendez ! Coquette, Tu peux traduire ?

Coquette : Ok, je te raconte et après, on verra.

 

(Elle commence à danser. Musique.)

 

Coquette : Moi, j'suis peintre en bâtiment

J'fais pas d'l'art désespérant

Paul : Moi, j'suis son mec, mais que j'débute

J'connais qu'dalle à l'art brut

Refrain (les deux) : Pour vous, on est pas des as

Quoiqu'on fasse, y'a que d'la casse

Coquette : J'mets d'la peinture sur les murs

J'en fous même sur mes chaussures

Paul : J'la matte de sur son échelle

Et j'la trouve si tellement belle

Refrain

Coquette : Mais quand l'vert s'fout sur la toile

On voudrait qu'j'sois une étoile

Paul : Alors nous, on lave la croute

Tout le monde est en déroute

Refrain

Coquette : Les experts débarquent ici

Pour nous, commencent les ennuis

Paul : On refait la toile de maitre

Zyva, not' cœur, on va mettre.

Refrain

 

Bernard : Ok, maintenant, je comprends tout ! T'aurais pu le dire tout de suite, Coquette. On n'aurait pas cherché cette toile partout.

Coquette : Oui, bien sûr, Nadine aurait été heureuse que je lui bousille sa toile, même si c'est une vraie merde ! Et toi, t'es heureux de savoir que j'ai effacé ton chef d'œuvre.

Bernard : Oui, vu comme ça, c'est un peu vrai ! Tu as raison. Pour commencer, on ne dit rien à Nadine, elle ne comprendrait pas et compliquerait tout. Ca non, elle ne comprendrait pas. Mais alors, ce tableau n'existe plus ? On est vraiment dans la merde !

Paul : Ben, on a fait un essai, là

Bernard : Et le résultat ? On ne voit rien, la dedans, il faut allumer

Paul : Allumez pas M'sieur, om va se faire repérer !

Bernard : On est un peu chez moi, là

Paul : Ouaip, scusez-moi

(Ils allument. Bernard regarde le nouveau tableau)

Coquette : Je sais, c'est pas le même, mais on n'arrive pas à le reproduire exactement.

Bernard : Ca, c'est évident, Mais, c'est pas mal du tout. Il y a la même idée que dans l'autre. Les couleurs, le mouvement, la lumière… Ca raconte tellement de choses

Coquette : Heu, Papa, on vient de faire ça en dix minutes, ça doit pas raconter tant que ça !

Bernard : Détrompe-toi ! Vous avez fait comment ?

Paul : Heu, moi, M'sieur, j'ai juste aidé Quequette ! C'est elle qui a tout fait

Bernard : T'as fait comment, ma Coco ?

Coquette : Pourquoi ?

Bernard : Hé bien, ma Coco, je veux savoir à quel type d'art, on a affaire.

Coquette : Quel type d’art ? L'art maladroit ou l'art du chiffon ? Ben, je ne sais plus. J'ai balancé de la peinture dessus et j'ai étalé comme pour essuyer et j'ai mis plusieurs couleurs.

Bernard : Ok, c'est, peut-être, une nouvelle technique de peinture. Il faut voir. T'es, peut-être, un génie, ma fille !

Coquette : Tu crois ?

Paul : Ouaip, zyva, un génie comme Aladin !

Noir

 

Scène 15 :

Nadine : Enfin, Bernard, peux-tu m'expliquer cette nouvelle toile ?

Bernard : Nadine, Nadine, il n'y a rien à expliquer, C'est la toile, c'est tout.

Nadine : Non, Bernard, cette toile est différente. Ne me prends pas pour une idiote, Bernard, s'il te plait ! Ce ne sont pas les mêmes couleurs…

Bernard : ha si, ce sont les mêmes !

Nadine : Mais, il y a quelque chose de différent dans le mouvement, dans la lumière, je ne sais pas, mais, quelque chose a changé alors ne me prends pas pour une conne, Bernard !

Bernard : Ne te fâche pas, Nadine, Nadine, tu ne la pas vu longtemps, c'est normal que tu ne t'en souviennes plus.

(Entre Coquette et Paul.)

Bernard : Tiens, Voilà Coquette, elle te confirmera que c'est bien la même toile. N'est-ce pas, Coquette ?

Coquette : Bonjour, Oui, c'est la même toile, pourquoi ?

Nadine : Ha, ils se foutent de moi, je le sens, ils se foutent de moi ! Mais, alors, comment est-elle revenue ? Hum, dites-moi comment elle est revenue ?

Coquette : Ben, ça, on ne sait pas ! Quand on est revenu ce matin, elle était là ! C'est tout !

Nadine : C'est tout ! C'est tout ! Et vous pensez que je vais gober ça ?

Bernard : Nadine, Nadine. Dans la vie, il y a des choses mystérieuses qu'on ne comprendra jamais. C'est ainsi.

Nadine : C'est ainsi ! J'en ai marre qu'on se foute toujours de moi comme ça !

 

 

 

 

Scène 16 :

(Entrent Elisabeth et Demourtier.)

Demourtier : Bonjour, il y a un problème ?

Bernard (à part) : Merde, Cette foutue sonnette qu’on n’entend plus. Ce n’est vraiment pas le bon moment.

Nadine : Qu’est-ce que vous voulez, vous ? Venir me dire, vous aussi, que c’est la bonne toile ? La même toile, que je suis folle ?

Bernard : Nadine, Nadine, tu dépasses les bornes. (Aux arrivants) Elle est fatiguée, elle a très peu dormi cette nuit et, là, elle craque un peu, mais elle sera en pleine forme pour le vernissage. Ne vous inquiétez pas.

Elisabeth : Mais, on ne s’inquiète pas du tout, mon cher Bernard. Cette toile est vraiment superbe. Je la veux absolument. Bernard, vous allez faire ça pour moi, hummm, Bernard ?

Demourtier : Nadine a raison, ce n’est pas la même toile qu’hier.

Nadine : Ha bon ? Vous êtes sûr ? Vous devez vous tromper, mon ami. Vous ne l’avez pas vu très longtemps, la lumière était très différente.

Demourtier : Ecoutez, elle était, exactement, au même endroit quand je l’ai vue, hier. Et je suis certain que ce n’est pas la même toile.

Nadine : Alors, je ne suis pas folle. Ils se sont, vraiment, foutus de moi ! Cette croute n’est pas la même que celle que j’ai vu hier.

Demourtier : Mais, ceci dit, j’adore cette toile comme l’autre. Si autre il y a, nous aurions deux chefs d’œuvres.

Elisabeth : Je vous prends cette toile, gardez-là jusqu’à votre vernissage. Jeune homme, faites-en d’autres. Je les veux toutes.

Bernard : Mais, ma chère, à quel prix ? Je veux dire… Ce garçon voudra savoir ce qu’il peut compter pour son travail.

Elisabeth : Je ne sais pas, mon cher, très cher Bernard. Ces choses, bassement, matérielles, je n’y comprends pas grand-chose. Demourtier, dites-lui, vous !

Demourtier : Ma chère ?

Elisabeth : Le prix de cette jolie chose ! Cent, deux cent ou 3 ?

Demourtier : Je... Je ne saurais vous dire, ma chère.

Elisabeth : C’est vous le spécialiste, mon vieux. Je la veux absolument. Cent mille, c’est sûr, je suis la première. Mais si j’hésite, quelqu’un enchérira au vernissage, alors deux cent mille. Mais c’est un jeune artiste et je veux l’exclusivité de vos œuvres. Vous m’entendez, jeune homme, je veux être la première à voir vos toiles, avant Nadine, avant Bernard, avant votre sœur, avant vous-même ! Bernard, je compte sur vous, je veux être la première ! Bon, trois cent mille, Bernard, mais c’est mon dernier mot.

Bernard : C’est votre dernier mot, Elisabeth ?

Elisabeth : C’est mon dernier mot, Bernard. Mais vous me le promettez, Bernard, je compte sur vous.

Nadine : La directrice de cette galerie, c’est, encore, moi ! Ma chère Elisabeth, alors on parle finance avec moi, ma chère ! Tris cent mille, j’accepte.

Elisabeth : Demourtier, mon ami, vous faites le chèque ! Vous me montrerez les autres tableaux qu’il a fais. Je sais qu’il y en a d’autres. Ne dites rien, je le sais ! (Elle lui glisse une carte de visite)

Bernard : Bien sur, ma chère Elisabeth, bien sur, avec grand plaisir.

Nadine : Je vous préviendrais, ma chère.

Demourtier : Voilà le chèque, mes amis. On va vous laisser. Nous reviendrons au vernissage. Gardez un œil dessus !

Noir

 

Scène 17 :

(Passage d’un crieur de journaux)

Le crieur : Acheter le Sundgauvien libéré. On découvre un peintre de génie en banlieue, mais on apprend que c’est sa sœur qui peignait les tableaux. Le gouvernement promet une baisse d'impôt à l'horizon 2035. Une nouvelle victime attribuée au sérial killer connu sous le nom de l'escargot. Toujours le même mode opératoire, la victime est étouffée par de la bave d'escargot. Dernière minute : Ce n’est la sœur du peintre génial de banlieue qui faisait les tableaux, mais la fille du patron d’une obscure galerie parisienne qui peignait les chefs d’œuvres.

Noir

 

Scène 18 :

(Jour du vernissage.Une estrade est installée au milieu de la galerie. Bernard et Nadine sont prêts à intervenir. Coquette et Paul sont à coté. Il y a du monde en face. Nadine tient le journal en main)

Nadine : Bernard, c'est toi qui as manigancé tout ça. Tu m'as trompé, tu exagères, tu as tout fais dans mon dos avec les deux jeunes, maintenant, je passe pour une idiote, je suis ridiculisée devant tout le monde. Ta copine Elisabeth va pouvoir se moquer de moi, et je ne parle pas de Demourtier qui ne va pas se priver.

Bernard : Nadine, Nadine, ce n'est vraiment pas le moment, tout le monde nous regarde. Fais un effort, enfin, réglons cela plus tard. De plus, si je t'avais prévenue, tu n'aurais jamais acceptée. Alors que, maintenant, on a réussi, on est connu et respecté grâce à Coquette et son copain. Tiens, voilà Mlle Tarcunou.

(Entrent Elisabeth et Demourtier. Elisabeth va droit sur Nadine et la serre dans ses bras.)

Elisabeth : Ha, ma chère Nadine, je ne vous demande même pas la permission, je vous appelle Nadine ! Bravo, c'est géant ! Nous sommes tombés dans le panneau, Jean et moi. Si, si, Jean, pas de simagrées, soyez beau joueur, vous vous êtes fait avoir tout comme moi ! On a tous cru à cette histoire. Je vous adore.

Nadine (A Bernard) : Aide-moi ! Elle parle de quoi ? (A Elisabeth) Oui, oui, OH, vous savez…

Elisabeth : Non, ne faites pas la modeste. Il n'y a qu'une femme pour trouver une histoire aussi géniale pour faire parler d'une toile et d'un, mais je devrais dire d'une, artiste.

Nadine : Oui, mais enfin vous voyez…

Jean : Ne soyez pas si modeste. Votre coup est superbe. Quelle invention !

Elisabeth : Je vous le dis, messieurs, seule une femme pouvait inventer ça. Oui, mon cher Bernard, ne vous en déplaise, un homme n'a pas la finesse pour cela. Cette histoire de peintre qui sort de la banlieue, c'est largement plus vendeur que la fille d'un patron de galerie. Pourtant, vous êtes fin, mon cher, très cher ami, très fin. Mais une histoire aussi géniale, seule une femme pouvait l'imaginer. Vous pouvez me croire. Je suis très fine psychologue, je sens ces choses-là. Quelle histoire, tout de même ! La presse ne parle plus que de ça ! Votre fille est déjà une célébrité dans tout Paris, que dis-je, dans le monde ! C'est rocambolesque. J'adore ! Je ne regrette pas ma mise de départ, je vais la doubler, voire même la tripler. Ses tableaux vont s'arracher, encore plus, maintenant qu'on connait la vérité. Mais je garde l'exclusivité sur l'artiste, vous me l'avez promis !

Bernard : Oui, bien sûr, ma chère.

Elisabeth : Dites-moi, le, ma chère Nadine.

Nadine : Oui, oui, bien sûr, je vous l'ai promis, cela va sans dire.

Jean : Oui, mais c'est mieux en le disant !

Elisabeth (Vers Bernard) : Quand à vous, Bernard, Vous avez ma carte. Il faut, absolument qu'on se voit, très vite.

Bernard : Oui, oui, ma chère, bien sûr.

(Jean et Elisabeth sortent)

Nadine : T'as déjà couché avec elle ?

Bernard : Mais non, qu'est-ce que tu vas chercher ?

Nadine : Ouaip, ouaip, fais attention. A part une coucherie, je ne comprends pas ce qu'elle trouve à cette merde

Bernard : Elle ne vit plus que pour toi. Attention, Nadine, tu es la géniale découvreuse du talent de Coquette. Tout cela est grâce à toi.

Nadine : Ne te fous pas de moi, Bernard !  Et n'oublie pas que je te surveille

Bernard : Ne t'inquiète pas, ma chérie. Une femme aussi emmerdante que toi, on ne peut qu'être totalement amoureux. Avec Elis… Tarcunou, je m'ennuierai de trop. (Il l'embrasse. Jeux de baiser et de reconquête)

Noir

 

Scène 18 :

Paul (Seul) : Bon, ben, voilà. Ils se sont tous cassés. Me retrouve tout seul. J'vais rentrer chez mes vieux. J'vais boire mon panaché tout seul dans ma piaule. Elle m'a même pas dis au revoir. Pas cool cette meuf. S'est cassée avec, au moins, dix journaleux. J'ai la haine, elle m'a largué comme un ouèche.

(Coquette entre derrière lui en silence)

Coquette : Pourquoi, t'es resté seul ? Je te cherche partout, moi !

Paul : Ho, zyva, Là, t'es célèbre et riche. T'as plus besoin de moi.

Coquette : C'est vrai que je suis cool, maintenant. C'est vrai que j'ai plus besoin de toi. !

Paul : C'est cool, j'me casse. A plus.

Coquette : Ouaip, dans le bus. (Elle le rattrape.) Hé, Calimero, embrasse-moi ! Je t'adore. Il me faudra un peu plus qu'un tableau et du fric pour me séparer de toi.

Paul : Ha, ouaip ? (Ils s'embrassent.)

 

FIN

 

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